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Poèmes tristes

Je l'ai aimé

Publié le 21/11/2009 à 14:47 par ceres
Je l’ai aimé comme on aime l’ombre du soleil
avec les colères de la forêt
la feuille rouge qui abandonne le saule
il n’a jamais autant pleuré
Je l’ai aimé comme on déchire l’écorce
pour boire la sève céleste
trinquer avec l’ambroisie pastorale
d’une étreinte que l’on retrouve
toujours avant l’aurore
Les prairies fleuries jusqu’aux soupirs
sont les refuges des étoiles
Je l’ai aimé comme on meurt de silence
avec l’exode des pétales
sur une valse d’anges à la fonte des nuages
un peu d’été à la source automnale
Sait-il
Comme je l’ai aimé à la dernière page
d’un livre qui n’a pas de début
il était une fois un jamais
ou un Nous qui s’était donné
la mort d’un amour anonyme
Je l’ai aimé comme on aime une seconde
pliée à la loi du vertige
à la révérence d’une larme brûlée


2009




La couleur d'une épine

Publié le 20/11/2009 à 21:26 par ceres
Nous valsions sur les douves du château,
Dans ce pays où la langue était notre,
Celle d’un amour fou et incognito,
L’azur obscur dans les bras l’un de l’autre.

Juste une morsure pour l’éternité,
Cette agonie qui extirpe une larme,
Ce sanglot rouge vif d’un cœur envoûté
Par le diable dont le sang était charme.

Mon prince, il fallait te trancher la tête
Pour que je vive de soleil ardent,
Efface de ma mémoire la quête
D’une étreinte d’un galop trépident.

Enfoncer le pieu, nous suivre au tombeau
Même si frissonnent la mélodie
Triste de ton absence, mes lambeaux
De nuit, tous mes sourires étourdis.

Nous valsions sur l’hymen d’un souffle tendre,
De mots empruntés à l’ardeur divine,
Que reste-il à part toutes ces cendres,
Juste la couleur sombre d’une épine.


2009

Vidéo Youtube

A lui à Elle

Publié le 12/10/2009 à 21:17 par ceres
Je pensais que je partirais avant toi,
dans cet ailleurs d’un jardin obscur
qui aurait pris la lune en otage
pour la faire pleurer de soleil.

C’est pour elle que je suis triste
car comment aimer celui
qui voulait garder pour lui,
le cœur, l’âme et le corps.

Aurais-tu eu le remord de la racine
que l’on arrache à sa terre natale,
une pensée pour moi que tu as exilée
sur l’oubli d’une fleur d’été.

C’est pour elle que je pleure ce soir ;
épouse dévouée mais mère absente
qui ne savait que faire de sa liberté,
de son amour dans le parloir de mes larmes.

Malgré tout je te dédie cet instant ;
tu as disparu avec la peine d’une nuit,
et tu as le droit aussi à ton étoile,
aux chrysanthèmes qu’un jour je t’offrirai.


2009

L'adieu de l'orpheline

Publié le 11/09/2009 à 20:37 par ceres
C’est fini…
tu ne me feras plus souffrir
j’irai traverser l’aube d’un soleil à un autre
pour m’affranchir de tes remords
à la glaive de ma mort si vivante
J’arracherai la racine de la fleur sauvage
que je suis devenue sur ta terre inconnue
pour la semer dans le paysage
d’un amour étoilé par ses cœurs
Je te dis c’est fini
je ne lirai pas les lettres
que tu n’oseras plus m’écrire
mais dont tu feras parvenir les mots
aigres-tendres-échos
jusqu’en mon chez moi fermé à mille clés
et d’infinis
Tu entends c’est bel et bien fini
même si je t’aimerai toujours
comme l’évidence qui n’aurait jamais dû naître
mes baisers de pierre
ne peuvent que t’adresser
des lèvres aux mains au vide
un dernier adieu
car j’appelle l’oubli


2009

Quelle était la fleur d’amour

Publié le 24/08/2009 à 19:52 par ceres
Quelle était la fleur d’amour
la musique qui créait le désir sur le papier
le clignement de paupières d’un pétale
avec le regard de la racine sur le firmament

Il nous faut arracher le cœur d’avril
à chaque printemps inhumé
croire au sourire d’un géant
le ciel qui imagine le soleil qui imagine le feu de nos yeux

Dis quelle était la fleur d’amour
l’âme volée à la pierre recrachée à l’oubli
la pluie rejetée par le torrent
en présence de la larme invisible

Et s’il faut se battre aux lèvres d’un calice
pour connaître l’identité de l’envolée
celle que l’on pose sur l’entaille de l’océan
allons-y le temps d’une saison avant qu’elle ne fane

Quelle était la fleur d’amour
que l’on ne veut jamais offrir
ramassée par le vent et l’adieu
elle qui parle avec les anges

Oui, quelle était la fleur d’amour ?
La fleur d’amour était un chrysanthème…


2009

Les obsèques d’une ville

Publié le 23/08/2009 à 02:08 par ceres
Ma ville défunte et tant aimée
des assiettes qui volent devant un paysage de mer calme
la valse sanglotée des cuillères et des fourchettes
le divorce entre père et mère et enfants et cochons d’Inde et chat
celui de la falaise et du sel

Ma ville défunte et tant aimée
ce sont les miettes du cœur sur une plage de galets
les souvenirs du collège et du lycée
les horloges de la récré jusqu’aux devoirs de français avec les prémices des divagations surréalistes
l’université et ses cours de latin où l’on ne s’inscrit que pour les sécher
ce sont les amis, les sourires et les folies
les délires qui ne font rire que nous
« Ramène-toi » d’un geste de main qui signifiait « j’arrive »
ne faisait rire que nous
la Juliette que j’attendrai et le Roméo que tu enfanteras ou le contraire
les bonbons que l’on mange en feuilletant les catalogues de fringues ou un film tout praliné
les amours qui m’aimaient et que je n’aimais pas mais que je voulais tant aimer

Ma ville défunte et tant aimée
c’est l’abandon du père qui nous aime mais moins que sa faiblesse
le doux visage entrevu entre quelques livres et quelques années
le départ de la mère qui n’aimait plus la ville pesante
la maladie de la grand-mère
la maladie de la sœur
mêlant leur amour et leurs coups de sang
nos larmes et nos peurs pas préparées
c’est l’adieu au grand-père, le jardinier des framboises et des roses
la stèle où je ne me recueille pas et celui que je n’oublie pas
c’est l’adieu à l’enfant et à l’enfance
c’est le départ de la mère toujours puis le mien

Ma ville défunte et tant aimée
mes mots, mes joies, mes chagrins, ma famille
que j’enterre avec marche funèbre sur mon piano rouge
les notes qui ont saigné le poids des années, des alarmes et des départs
mes paysages de vent et de falaise écorchée
un doux visage qui n’apaise que l’imaginaire
trois parfums sororaux vanille, chocolat, noisette
disparus à jamais
Ma ville que j’aimais et enterrée
que je continue à aimer défunte


2009

Départs

Publié le 20/08/2009 à 11:39 par ceres
Il a plié bagages ce matin
emmenant ce lit
que chaque aube défaisait
il a eu le temps de dire au revoir
à ceux qu’il aimait
avant d’emmener sa mémoire
et sa valise contenant une longue vie
la sienne

Elle est partie cette nuit
mais elle voulait rester
avec ses rires et sa jeunesse
qu’elle avait semés ici dans ce pays
elle est partie sans savoir qu’elle partait
barbouillée d’un ciel pourpre
sous la détonation d’un orage fou
elle est partie sans savoir
que jamais elle ne reviendrait

Il avait préparé ce voyage depuis longtemps
il voulait rêver d’autres nuits
et posséder d’autres rêves
il en avait surtout assez la pluie
qui tombait sans jamais se lasser
il voulait voir un ailleurs en haute altitude
des montagnes assaillies par les fleurs
il ne mettrait pas ses plus beaux habits
là où il voulait aller
Il n’avait besoin que d’une corde

Elle a quitté ce regard
puis ce sourire
qu’elle feignait pour faire plaisir à ses parents
elle a quitté ce corps et sa souffrance
si fragile et si courageuse
à imaginer que les fées la nuit
viendraient recoudre ses os brisés
qui consolera Martin le nounours
et Anna la poupée si coquette
comment ne pas partir à son tour
après le supplice d’une fillette
la sienne


2009

Le désespoir du singe

Publié le 07/08/2009 à 20:50 par ceres
Sème l’écorce de ton ombre
aux fleurs de ma tombe
à ne plus voir tes larmes
alors que mon nom était Vie
grimpe jusqu’à la cime
des pluies qui hurlent tout bas
l’incertitude d’être encore là
demain
l’arbre maquille son cœur
d’épines belliqueuses
ne touche pas qui veut
l’âme de la forêt
et le désespoir venu de loin
de nulle part
de ne pas savoir
que vivre est mourir
branches insaisissables
dans le reflet de l’été diluvien
où le règne animal s’éteint
comme la dynastie des étreintes
ce pouls qui fait silence peu à peu


2009



Le lymphome de l’écorce

Publié le 14/06/2009 à 17:24 par ceres
Derrière le nuage d’ébène
la cicatrice du ciel
un cœur qui n’a pas assez de pluies
pour pleurer douleurs et sourires

Comment faire disparaître en soleil
les ganglions des fleurs
les pétales couchés sur la nuit d’une vie

Faudra t’il une année d’hiver
ou bien deux
pour que les ramures deviennent mère
à nouveau
cet au revoir tumoral à l’été mutilé
tous ces rires laissés en jachère

Que faire de toutes ces étreintes germinales
étouffent la sève amoureuse
tristesse que toutes ces saisons malades
qui vomissent neige et rayons

Et quand la calvitie de l’arbre
se reflète dans la flaque des larmes
la mort devient aussi lacrymale

Faudra t’il une année d’hiver
ou bien deux
peut-être jamais
pas même une lueur bourgeonnée

C’est le monde

Publié le 30/04/2009 à 12:00 par ceres
C’est le monde qui dort à côté de moi
comme une menace d’aube
embrase la nuit
son ciel vole si haut
au delà du plafond des anges
crépite le flanc des vides

Ravalement des étoiles éteintes
avec cette façade de lune mal-éclairée
emprunte sa pierre impure
aux terres souillées de regards-intrigues

C’est le monde qui gronde non loin de moi
la fureur des immondes au désir animal
se sert du silence comme un cri
à la gorge éraillée de l’harangueur
ce désespoir d’amour tant haï
à tourner sur l’envers des consciences

Globe d’eau et de cailloux tièdes
rouge boit bleu belligérant
pour la couleur mauve des nocturnes

C’est le « petit-grand-monde » qui mange sans faim
si près de moi, sans moi…
à dévorer le cœur de la terre
boire ses larmes à la santé des enfers dépeuplés
aux lèvres métalliques
strates infertiles par millions
C’est le monde qui meurt de la fin


2009


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