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Poèmes en prose

Le Grand Chemin

Publié le 26/08/2009 à 09:33 par ceres
Le village, l’église, la gargouille et le lapin.
Ce sont les larmes du lapin qui tombent de la gargouille de l’église du village.
Il a glissé sur le cœur d’un enfant comme l’été embrasse ses soleils couchants.
Il y avait le berceau et le cheval à bascule.
Et il y eut la fosse creusée par la lune.
L’amour déchira son habit de chair et son âme prit la nudité de la nuit.
Dans son désespoir, il sépara la mère du père du bonheur du monde de son reste.
Le ciel se brisa.

Puis

Un enfant et l’été arrivèrent avec la vie.
Ils avaient tant de sourires à ensoleiller. Ils créèrent le grand chemin afin que d’un baiser naisse peut-être un petit sentier. Vivant.
Un petit sentier où le cheval à bascule pourrait rêver longtemps, où le berceau fleurirait les étoiles.
Le lapin a pleuré, l’enfant aussi.
La mère, le père, les souvenirs et la pluie diluvienne.
Mais le grand chemin a permis au temps de survivre.
Grâce à l’enfant.


2009

http://www.youtube.com/watch?v=bZAf5vOMX7w


Une touriste lance sa tasse contre la Joconde

Publié le 13/08/2009 à 00:36 par ceres
Une touriste lance sa tasse contre la Joconde.

Elle est belle de ce regard qui fait l’homme.
Immortelle dans son art de regarder celui, celle, ceux qu’elle n’attend pas.
Elle ne vieillit pas et continue de sourire aux siècles avec les couleurs qui font la loi, dans cette pièce immense qui ne verra jamais le jour. Ni la nuit. Elle parle avec ceux qui ne parlent pas.
Elle est née sous la main et sous l’œil avant le mythe.
Epoques skyzophrènes, elle vit femme, homme, autre, madone ou peintre. Devant la montagne qu’elle ne connaît peut-être pas. Avec les brumes qui l’entourent et qu’elle ne voit pas. C’est nous, les futurs nous, qu’elle voit avec des yeux qui ne reçoivent pas. Même pas la flaque imaginaire qui déborde de la tasse cassée. De la tasse qu’elle voit et ne reçoit pas.
Un geste fou ? Peut-être attendons nous une larme. Un regard qui se tournerait vers l’appel.



J'étais un bébé

Publié le 12/08/2009 à 20:43 par ceres
J’étais un bébé.
J’étais un bébé avec des cheveux et un sommeil.
J’étais un bébé avec des cheveux, un sommeil et des yeux..
Puis encore des cheveux, des sommeils, des yeux-regards ou regards-yeux, un sourire.
J’étais ce sourire.
Un bébé avec des cheveux, des sommeils, des yeux, des regards, un sourire.
Une vie.

J’étais un enfant.
J’étais une enfant avec des robes et un nounours déjà vieux.
J’étais une enfant avec des robes, un vieux nounours et une larme.
Une larme qui viendrait des pleurs d’un bébé ? De celui que j’étais ?
Puis des robes, roses, blanches, vertes, bleues, d’autres nounours ridés, une larme, des pleurs.
Une vie.

Je suis un être avec une carte bleue et une conscience éclairée.
Je suis un être du Temps, conscient et si fébrile.
Des codes secrets dans l’âme, une réalité et l’angoisse d’être.
Une ou des questions existentielles dans le songe. Avec de la fièvre ?
Une vie

J’étais un bébé, puis une enfant, enfin un être qui voudrait retrouver son sommeil et ses sourires d’antan.


2009

Désordres

Publié le 17/07/2009 à 15:56 par ceres
Il est un homme atteint de cystite démentielle et un bouclier qui se défend seulement contre les pigeons voyageurs.
Une moitié reine qui fabrique sa couronne avec les ronces d’hiver et le temps enfermé dans une serre.
Il est un homme qui buvait trop de bière au point de prendre les larmes pour de la pluie et une orange triste de ne pas être née sanguine.
Un été qui dessine les chevaux migrateurs à l’orée des folies mesurées et un orage qui foudroie le soleil.

Il est une femme atteinte de nuages fêlés et une épée qui se bat seulement contre les murs fissurés.
Un demi-dieu qui troque sa mortalité contre un fruit véreux et la genèse qui prend le chemin par sa fin.
Il est une femme qui ne savait pas compter les moutons pour s’endormir et un rêve qui avait mal au dos.
Un automne qui échange ses feuilles contre une étreinte et une nudité qui ne connaît pas le froid.

Il est un homme
Il est une femme
Il est une folie qui s’appelle humanité


2009

Ce moineau que j’ai caressé

Publié le 17/05/2009 à 17:41 par ceres

 

Sur l’azur d’une carcasse noire, immobile à esquisser le vaste monde de ses yeux de petit infini, je lui ai caressé la tête un instant d’au revoir à l’enfance. Lui, distrait, à choisir la bonne branche où construire son nid aux confins de la vie.

Il bredouillait les fleurs semées par ses voyages d’été-soleil-pluie à refaire et à défaire les paysages en arc-en-ciel évanoui, du rouge qui se prend pour jaune jusqu’à indigo.

Sur l’azur d’une carcasse noire, au plagiat de mon ombre ailée, le moineau que j’ai caressé, valse avec les fils des regards en équilibre. Ils se nouent et se dénouent au bon vouloir des sensations. Etreinte de foudre.

Et lui encore, être menu avec ses gazouillis de préludes passagers : sait-il ? Bâtisseur de secondes improbables à tendre sa tête dans un éclair d’osmose. Rencontre fugace.

 

Lettre d’amour à l’indésirable

Publié le 22/04/2009 à 12:00 par ceres
Pourquoi prendre toujours la place du je qui n’a que faire de ce moi encombrant ? Ne pas le laisser libre d’habiter les identités des saisons, d’un été orageux aux ombres solaires ?
La mort plonge toujours droit devant, au milieu de ces vies usées mais qui demandent à rester avec leur propre trépas. Celui qu’elles créent pour théâtraliser les pluies et le vent.

Et toi que je ne veux pas avec ton sourire d’eau tracé à la flaque…J’ai des milliers de choses à te dire ou à ne pas te dire.
Cet amour que je n’éprouve pas pour toi mais pour les regards cachés des fleurs.
Ce temps qui ne m’appartient pas mais que je garde amoureusement pour le refus de ton être.
Cette bague que tu passeras à mon onzième doigt pour célébrer l’union de nos imaginaires.
Ce rêve que je réfute par le tien qui déborde mes draps fermés à l’aiguille du corps.

Et moi qui n’aime que toi dans le renoncement des effleurements abyssaux. J’ai peu de choses à me dire…Ou tant.
Cette peine que je ressens pour l’enfant que je ne suis plus sur sa balançoire dorée aux rayons d’été.
Cet avenir qui m’appartient et que je rejette pour le désir de toi ou le non-désir si tu préfères. Ou pas…
Ce collier de tulipes autour du cou qui enserre ma liberté d’humer l’hiver.
Cette vision noire que j’encense par le truchement des impossibles et de l’indésirable…


2009

Spertode et Zoïma

Publié le 02/04/2009 à 12:00 par ceres
Deux inconnus baptisés Spertode et Zoïma en la circonstance, se trouvent là au hasard dans la matrice où les nuits ne dorment jamais.

- Tu crois qu’on est ici parce que là-haut ils sèment ? S’aime t’on d’étreintes divorcées ou bien de soupirs unis par l’instant ?

- T’es bien Une, toi Zoïma, pour avoir déjà tous ces échos intra-muros !

- Comment peux-tu savoir ? Peut-être un oiseau de lune, peut-être serais-je un « qui », qui ne sait pas se reconnaître. Qu’importe moi aussi, j’ai hâte de me cogner contre le mur. J’ai peur… Regarde ! Les autres comme nous, sont pressés d’arriver.

- Je suis là, n’aies pas peur, la magie est en moi. Je sais pour l’instant, je n’ai que du X ou du Y à revendre. Marre d’être toujours dans les derniers de l’alphabet. Si je suis l’élu(e), j’exigerai non pas le A de l’amour mais celui d’Abracadabra. Je serai unique et ma coquille n’abritera qu’un peu de moi. De toi aussi j’espère…

- Cesse de te plaindre, je suis essoufflé(e) à force de courir. Tu les entends chanter là-haut, c’est notre première musique. Peut-être la dernière. J’ai si peur de mourir. Ne me laisse pas. Ecoutons, avançons, valsons dans le rêve de l’embryon…

- Ne soyons pas les premiers, nous aurons plus de chance. Qu’a t’on idée de s’appeler Spertode alors que le destin d’un grand Alexandre ou d’une prêtresse stellaire m’attend peut-être…

- Et moi Zoïma avec l’âme d’une vallée en pluie, celle qui pleure rouge à l’infini. Tu crois vraiment qu’ils s’aiment là-haut ? Je ne les entends plus…Serait-ce la fin ?

Deux inconnus se cognèrent contre le mur. L’un mourut et l’autre s’était trompé. Sa première musique était son premier cri.


2009

La Mort

Publié le 18/03/2009 à 12:00 par ceres
La Mort ?

C’est d’un terrible tu sais ! Pas besoin d’ombre pour suivre à la trace le baiser d’un jadis.
Non, désobéissons en travestissant la sévère pendule en chronomètre de vie qui voit double…Triple…Infini ?

Pffff la Mort
C’est d’un commun tu sais ! Cette faucheuse de fantômes telluriques au milieu d’une étreinte. Celle qui éteint la flamme pour la rallumer au ciel, qui s’appelle peut-être soleil…L’orgasme des regards n’a que faire d’elle qui s’échappe dans un soupir…

La Mort.
Tu parles vraiment du La, cette note qui enfante la musique, qui donne la vie ? Non, il ne peut pas mourir à peine né des entrailles symphoniques. Il ne peut pas, il est soumis à la loi de l’Eternité.
Tu vois, elle a trouvé plus fort qu’elle.

La Mort.
L’amor, l’amour. Vit au delà de tout, des mots, des adieux, des oublis et des va-et-vient des êtres.
La Mort, elle vit aussi, elle est la seule que l’on ne peut oublier vraiment.
Elle est le chemin unique parfois court, parfois long selon son humeur du moment. Le chemin où nul ne peut prétendre ne pas avoir le sens de l’orientation. Et revenir en arrière ? Le peut-on ?

La Mort ?
Quelle bavarde ! Tu peux parler des heures avec elle ! Mais c’est la seule que tu ne peux corrompre, elle est à la seule à décider du Moment…
Elle est là partout. Elle assiste à l’accouchement des larmes, celui des sources qui jaillissent d’un nulle part, d’un espoir assassin malgré lui.

Qui a dit : « C’est quand mon pays est le plus beau que je voudrais mourir ?»
Viendras-tu me chercher quand le cœur vivra pleinement, enfin, des courbes à la pointe ?


2009

Conversation avec l’impossible

Publié le 05/03/2009 à 12:00 par ceres
Cher amour, pourquoi as–tu arborisé mon cœur à la sève d’un baiser que je ne recevrai jamais ? Tu sais celui qui vit dans la source des larmes. Tu la trouveras au creux de la paume fermée, si tu veux t’y réfugier.

Cher amour, pourquoi tes mots sont des silences voilés de notes aériennes ? Je les vois flotter en chœur autour de mes lèvres boisées comme le fut l’organe épris d’azur.
L’azur…Tu sais, celui qui appartenait à tes yeux.
Je n’entends rien…Plus rien.

Me répondras-tu cher amour, dans ce là-haut nomade. Si haut… Je ne vois pas le bout de l’échelle qui me permettrait enfin de te rejoindre. En attendant la réunion de nos jamais, je viens hanter la poussière que l’on a déposé un soir d’hiver à mes yeux mouillés.
En attendant…Soupir…
Je parle à la croix païenne qui orne ta stèle, à ces chrysanthèmes qui ne veulent vivre que dans cet antre de morts et de vies dont on n’a que faire. Mais qu’il est con ce cimetière ! Il n’abrite que les chrysalides de mes joies défuntes, ces coquilles vides d’une pâleur nuageuse.
Faut-il que j’arrose les fleurs aussi vieilles que l’été qui nous a fait naître ?
Faut-il que je prie dans ce lieu déserté de ses anges magiciens ? Ceux qui ouvraient la couche de l’horizon aux amants et leurs étreintes indociles.
Faut-il que j’aiguise mes sanglots à l’ombre de ton absence bleue ?
Sous la racine asphyxiée par l’orgie des astres, il y a toujours ce labyrinthe tellurique où je te cherche encore, où je creuse à l’écorce de ma rage, l’océan qui nous a réunis… Ce rêve fou.

Dis-moi cher amour, me laisseras-tu entrer dans ton paradis dévoyé ?
Me laisseras-tu hurler toujours après l’écho inaudible ? Il ne reste que peu de temps, d’ici que je vienne poursuivre mon tourment dans la nébulosité de ton âme.


2009

Le carnet de santé

Publié le 03/03/2009 à 12:00 par ceres
J’ai regardé dans mon carnet de santé où j’en étais avec mes amours.
Mon groupe sanguin est toujours AL+ malgré l’évasion des globules roses sur la courbe céleste des illusions.

Discussion avec le reflet d’un sourire.

- Dieu est inhumain avec nos nous.

- Méchant tu veux dire, un peu trop passif ?

- Non juste rien, une poussière dans l’azur vidé de ses étoiles de mer. Dans l’océan spolié de ses astres suspendus…
Tu savais toi, que mer et ciel ne formaient qu’un ! Tout dépend si l’on a la tête en bas ou en haut, de quel côté du lit on se trouve. Ce qui compte est de pouvoir toujours me perdre dans le bleu de tes yeux, qu’ils portent la mer ou le ciel. Les Deux…

- On ne badine pas avec le ciel…Ni avec le cœur, il est fragile tu sais.

La foudre côtoie le tellurique un peu désaxé. Nous, sang et eau à peine échangés, coulons avec la rivière des pensées.
Intenses et fugaces.

Pour savoir où j’habite, premières pages :
j’ai inscrit l’adresse du Paradis. Celles des parents étaient censurées par une voie sans issue et par un sens interdit.

Les maladies enfantines ? Ne cherchez pas, je les ai toutes eues.
La Rouennatine
Les larmillons d’été
Les fièvres solaires d’hiver
Le rouge Fol
TOUT

De toute façon, il manque de la place cher docteur Sieur Nature et puis les brûlures autour du cœur ne se guérissent pas.
Quand tout finira mal dans le pire des mondes, rejailliront deux initiales, le A d’exclamation et le L pour s’envoler…


2009


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