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ceres
Description du blog :
Quelques photos, poèmes et dessins. Versailles, chats, Nature, vitraux...
Catégorie :
Blog Loisirs
Date de création :
20.08.2007
Dernière mise à jour :
22.07.2008
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La symphonie hivernale : Lady Oscar suite

Posté le 29.03.2008 par ceres
4) Trois amours impossibles

A l’âge d’un an, André Grandier perdit ses parents emportés par une terrible épidémie de typhus à laquelle par miracle il échappa, fin de l’année 1755. Sa grand-mère, intendante des Jarjayes et d’un caractère trempé, aussitôt prit l’orphelin sous sa protection au château de ses maîtres. Le petit garçon s’attacha tout de suite à la petite fille aux boucles solaires habillée en garçon.

Des privilèges identiques à ceux d’Oscar lui furent accordés. Ainsi, il mangea à la table des Jarjayes, prit les mêmes leçons qu’Oscar. Assidu et bon élève aux cours de maintien, de français, de latin, d’histoire, sa soif d’apprendre n’avait pas de limite.
D’un caractère vif, intelligent et intuitif, il comprenait les velléités humaines échappant à l’esprit des plus éclairés. Au-delà des savoirs théoriques, des connaissances pratiques, il avait appris à lire dans les regards et les sourires, dans les cœurs surtout. Il devinait chaque faiblesse, percevait par une écoute attentive, la détresse surtout si celle-ci n’était pas palpable et fouillait les moindres recoins sombres des âmes égarées.

Roturier de naissance, il mena une vie de noble aux côtés de son éternel camarade de jeux, Oscar. Sa présence était autorisée dans les réceptions mondaines des Jarjayes. Pourtant il savait d’où il venait, quelle avait été l’existence de ses parents laboureurs et pauvres, habitués à une vie misérable et cela il ne l’oubliait pas. Il ne l’oublierait jamais. Et puis les Jarjayes ne le traitaient pas non plus comme l’égal d’Oscar, voyant en lui juste le compagnon idéal dans les jeux solitaires de leur fille éloignée volontairement de ses sœurs.
Oscar et lui ne se quittaient jamais, inséparables rires résonnant dans les communs des Jarjayes, ils pensaient défier par une insouciante jeunesse l’horloge du temps.

Oscar : « Tu ne me rattraperas pas André ! » Dans un rire en s’envolant.

André : « Attends-moi Oscar, ne pars pas sans moi ! »

D’un naturel gai et serviable, André choyait Oscar d’un amour fraternel. Malgré sa frêle silhouette, celle-ci manifestait déjà un fort tempérament, habile dans le maniement de l’épée, agile comme un lynx attendant le moment propice pour bondir féroce et impitoyable sur sa proie. Souvent lors d’un exercice militaire, Oscar déterminée, les yeux jetant la foudre, l’emportait aisément sur son adversaire obligé de capituler face aux ronces corrosives de la rose enflammée.

André connaissait Oscar par cœur, l’Oscar de son cœur dont il connaissait chaque humeur, toutes les ombres abyssales prêtes à surgir à tout moment. Il avait vécu et partagé avec elle, les maladies infantiles bénignes, les premières chutes à cheval, les petites contrariétés de la vie. Il avait aussi partagé le meilleur comme les fous rires, les bêtises complices, les cabanes dans le parc, les jeux de Robinson, les noëls auprès d’un feu de cheminée à boire du chocolat chaud et à échanger des cadeaux et des sourires.
Tous deux étaient liés par un serment d’enfant, celui de ne jamais se séparer et de se venir en aide au premier danger. Ils étaient prêts à donner leur vie l’un pour l’autre.

André : « Oscar, tu dois me promettre de ne jamais me quitter, d’être toujours mon amie, ma confidente et mon âme sœur. Promets-le-moi Oscar ! »

Oscar : « Idiot, tu sais bien que toi et moi nous resterons toujours ensemble, que nous sommes frères à la vie et à la mort ! » Dit-elle dans un rire.

Puis ils grandirent, Oscar surtout changea devenant plus indépendante, solitaire et froide. Elle ne se confiait plus à lui, à personne d’ailleurs. Elle avait exaucé le vœu de son Pygmalion de père en devenant capitaine puis colonel de la garde royale. Elle ne quittait plus Marie-Antoinette plus ravissante que jamais, veillant jour et nuit sur la sécurité de cette souveraine si candide et sensible. Elle assistait malgré une répugnance contenue, aux cérémonials hypocrites d’une cour maniérée, aux bals fastueux, aux promenades galantes et courtoises dans le parc du château de Versailles. Elle suivait à cheval, la reine dans ses nombreuses sorties nocturnes parisiennes, cette capitale séduisante riche en divertissements. Cette reine étourdie, était désireuse d’octroyer une vie monotone dans cette immense bâtisse de marbre à côtoyer toujours les mêmes figures lugubres et artificielles, contre quelques heures ardentes, trépidantes de liberté si précieuses. Elle n’hésitait pas à embarquer dans ses folies carnavals, ces bals masqués de l’Opéra, ces soirées éclatantes à la comédie française où au théâtre, son jeune et beau colonel respectueux du devoir, et surtout pressé de la servir, Elle.

Lors de ces escapades, elles offraient à des hôtes éblouis, un magnifique tableau de beauté antique pour l’une, statue aux contours délicats et une beauté angélique pour l’autre, si belle dans ses parures brillantes, scintillantes.

Un courtisan : « Regardez, la reine est plus belle que jamais, encore une tenue qui a du coûter chère à son mari ! »

Une duchesse : « Voyez ces diamants, elle rayonne de fraîcheur et de grâce ! »

Une comtesse en émoi derrière son éventail : « Oh Oscar de Jarjayes, il est si beau et bien fait dans son uniforme, regardez ma chère, j’en ai des frissons ! Que donnerais-je pour une seule danse avec lui ! »

La duchesse : « Et moi donc, j’en rêve vous savez, ah si mon mari m’entendait ! »

L’exaltation de ces courtisans était à son comble quand Oscar passait près d’eux sans leur accorder un seul regard. Plus le colonel était distant, plus ces nobles rêvaient d’engager la conversation avec lui. Une rivalité de bec à ongles sans fin s’engageait entre ces pipelettes en dentelles pour savoir laquelle en première aurait droit à une marque de faveur de ce beau colonel, en vain.

Si en apparence, le cœur d’Oscar se protégeait d’un infranchissable rempart obscur et glacial, André depuis toujours en avait deviné, les fêlures, les cassures, les brûlures de chaque instant et encore plus depuis que Monsieur de Fersen était rentré dans sa vie, leur vie à deux. Au départ, ce n’était juste qu’un petit brasier pâle, léger, de vie incertaine mais qui avait au fil des ans grandi, de telle manière qu’il était impossible à éteindre. Prisonnière dans le labyrinthe de son cœur, Oscar dans son chagrin d’amour secret, sans s’en apercevoir négligeait André, lui accordant peu d’intérêt et de reconnaissance et cela bien malgré elle. André demeurait son ami, son ombre fidèle mais ses pensées étaient toutes dévouées à Fersen. Où était-il, que faisait-il ? Pensait-il toujours à la reine ? L’avait-il oublié, elle Oscar son ami, simplement son ami ?


André, discret comme une ombre blessée, ne lui fit jamais de reproches, déjà résigné. Perdue dans son rêve d’amour impossible, elle fuyait toute compagnie et André n’y échappa pas, André qui avait toujours été là auprès d’elle dans les circonstances les plus noires, les plus dramatiques. Il l’avait aidé à mettre fin aux agissements du masque noir, dérobant à la tombée de la nuit, les bijoux et trésors des aristocrates. Dans une course poursuite, il avait même failli perdre la vue, le masque noir l’ayant blessé gravement à l’œil gauche depuis en convalescence.

Lors d’un duel entre Oscar et le duc de Germain très haut placé à la cour et ami du duc d’Orléans membre de la famille royale, il l’avait entouré de tout son soutien si loyal et lorsque celle-ci bannie temporairement de la garde s’était échappée quelques jours sur les terres de son père prés Arras, il l’avait accompagné, leur complicité d’antan presque retrouvée. Grand et robuste, bien fait, André Grandier était un homme très séduisant voilant Oscar d’un regard émeraude attentif. Ses cheveux d’un noir de jais contrastant avec une pâleur de cierge blanc d’un visage soucieux, renforçait cette beauté devenue grave. André pourtant jadis était d’un naturel si joyeux…

Pourtant lui aussi souffrait de la même agonie, de la même détresse à étouffer des hurlements d’amour non partagé. Il ne l’aimait plus comme une sœur, comme une éternelle confidente de chaque heure, chaque seconde. Il l’aimait d’un amour condamné. Elle était si belle, si pure comme une image sans fin défilant dans sa tête, telle une étoile filante gravitant autour de son cœur. Il voulait la contempler éternellement, capturer de ses deux mains, ce magnifique visage pour le presser contre son cœur, la garder tout contre lui, la chérir en l’enveloppant de toute sa fièvre. Il voulait l’emmener dans un voyage sans nuages, sans orages, sans ravages, juste eux deux éperdus à s’aimer, à réinventer l’amour et son ivresse.

Elle était noble, il était roturier, il était un homme et elle aussi, il l’aimait et elle en aimait un autre ; comment lutter, comment vivre après cela ? Il continuait à l’accompagner, à la seconder dans son devoir de colonel pensant ainsi la protéger, être juste là si elle avait besoin d’une épaule. Si devenir son amant était impensable sauf dans ses rêves les plus fous, il resterait à jamais son ami. Il l’avait juré, ce pacte il ne le trahirait pas. Pendant le séjour de Fersen en la demeure des Jarjayes, il avait deviné le terrible penchant d’Oscar pour son invité, il avait lu en elle les souffrances interminables qu’elle endurait. Son regard avait revêtu un habit de tristesse qu’il s’efforçait tant bien que mal de dissimuler, à quoi bon puisqu’elle ne le voyait plus. André en voulait à Fersen, responsable malgré lui de tous ces chagrins d’amour, ces maladies du cœur amoureux laissant à chaque fois de douloureuses séquelles. Fersen lui avait pris son Oscar et il ne pouvait s’empêcher de le détester, le maudire tout bas, tout en lui concédant une politesse feinte. A cause de lui, Oscar souffrait et cela le rendait fou. Il ne pouvait rien faire pour la ramener à la vie, lui redonner son sourire sachant d’avance que trop fière pour avouer sa faiblesse de femme, elle nierait en bloc ses sentiments douloureux. Il se sentait impuissant face à sa détresse silencieuse lui aussi prisonnier dans son secret d’amour pour elle.

Alarmé de voir Oscar si malheureuse emmurée dans un silence pesant et dans sa condition imposée d’homme viril et fort lui interdisant de se plaindre, de pleurer, il avait pourtant essayé une tentative d’approche mais plongée dans un mutisme accablant, elle le repoussait.

André : « Oscar, veux-tu venir t’entraîner avec moi dans le parc, afin d’améliorer ton jeu de jambes. »

Oscar agacée : « Laisse-moi André, je veux être seule, ne me dérange plus ! »

André : « Oscar, parle-moi, tu sais bien que tu puisses tout me dire ! D’où te vient cette détresse quand tes yeux croisent ceux de Monsieur de Fersen ? »

Oscar : « Je ne vois pas de quoi tu parles André, je t’en prie, encore une fois laisse-moi tranquille, je ne veux plus te voir. »

Il l’aimait mais pour elle il cacherait son amour viscéral, son amour fou, dans un coffre fort scellé prêt à s’ouvrir si un jour elle l’appelait, son bonheur à lui étant son bonheur à elle. Ces trois couples d’amour sans cesse, se croisaient, s’effleuraient dans une détresse commune, dans un désespoir que seul le temps si longtemps impuissant pouvait amoindrir pour ne pas dire guérir.


5) Le retour de l’être cher

Fersen revint en 1787 après neuf ans d’absence pendant lesquelles deux femmes l’avaient attendu et espéré vainement son retour. Il s’était engagé aux cotés des insurgés dans la lutte pour l’indépendance américaine suivant ainsi le jeune marquis français de La Fayette dans des nouvelles manœuvres d’artillerie et de cavalerie. La France ayant reconnu l’indépendance des colonies britanniques en décembre 1777, soutenait les insurgés en leur envoyant secrètement des munitions, des armes et des navires.

Il avait voulu oublier son amour impossible pour Elle, sa reine. Surtout, il avait voulu donner un sens à sa vie, peut-être s’il mourait en héros pour une cause juste sur les champs de bataille, Elle se souviendrait de lui comme celui qui par amour et par respect pour Elle, avait décidé de sacrifier sa vie.

Mais la vie tenait encore trop à lui et refusa donc obstinément de s’éteindre de ce corps viril, de cette âme endeuillée par l’absence de l’autre, de l’aimée. La vie voulut le garder égoïstement dans la prescience de retrouvailles tragiquement romantiques. La vie défilant comme des paysages alternés de chagrins, de joies, de rires, de larmes, s’accrocha désespérément à lui, s’agrippant de toutes ses forces à un cœur meurtri.

Il vit nombreux de ses amis pendant cette guerre meurtrière, offrir leur vie à une mort n’ayant que ses bras à tendre pour les accueillir. Mais la mort, elle, lui refusa ses bras, le soulagement d’un repos éternel, le repoussant de la même force que la vie le retenait.

Ces interminables années passées parmi les cadavres de cette révolution sanglante, prix à payer pour l’émancipation financière, commerciale et politique des treize colonies britanniques, renforcèrent chez lui ce côté de héros dramatique. Il parlait peu, si on pouvait le faire répondre à une ou deux questions, on ne pouvait en obtenir davantage.

Il pensait à elle sans cesse se demandant ce qu’elle devenait. Etait-elle toujours aussi belle, aussi espiègle que lorsqu’il l’avait quitté quelques années auparavant ? Que faisait-elle à cet instant précis ?

Il avait entendu quelques rumeurs désobligeantes sur Elle, reine détestée par son peuple et par sa cour, isolée, capricieuse et peu soucieuse des conditions de vie des Français. Mais il préférait ne pas porter attention à ces discours malveillants, il voulait entendre une autre vérité, son bonheur à elle, donc à lui.

Tout bas, il rêvait d’elle, il se l’imaginait, resplendissante, lumineuse tel un soleil à Versailles illuminant d’un sourire, les cœurs abîmés, enterrés en lambeaux dans les tombeaux de la mélancolie, ranimés soudainement par cette chaleur radieuse et apaisante. Non il n’avait pas oublié ce magnifique visage, cette grâce étincelante, le plus beau joyau du monde à ses yeux, cette façon de danser peut-être pas en cadence dans son souvenir, mais si harmonieuse que seule la musique était responsable de ne pas suivre parfaitement les mouvements, les pas de cette perle brillante et valsant.

Fersen « Marie-Antoinette !!! Cette vie sans vous est comme un diamant éteint. Je dois me traîner chaque jour, chaque heure, chaque seconde sans vous, sans votre présence aimante. Vous que j’aime et que j’aimerais toujours ! »

Parfois, il pensait à Oscar, à son étrange destin, il parlait d’elle sur les champs de bataille, louant son courage et sa ténacité à suivre une vie d’homme ordonnée par son père, à sacrifier sa condition de femme, pour obéir fidèlement à celui qui lui avait donné la vie et auquel elle voulait plaire. Il pensait donc à sa belle et captivante amie…Parfois.

Après le traité de Paris le 03 septembre 1783 célébrant la victoire des territoires américains et l’échec du Royaume-Uni, il regagna la Suède auprès de son père tombé gravement malade, s’interdisant malgré son cœur malheureux de revoir la reine. Gustave III, monarque efféminé, d’un caractère violent et lunatique, régnait sur ce pays du froid, entouré de palais et de monuments artistiques, entretenant de très bonnes relations avec la France dont il copiait les usages de cour comme le lever ou le coucher du souverain.

Mais Fersen, n’avait qu’une idée, fuir ce pays austère au climat rigoureux, se sentant étouffé par un monarque corrompu, vivant trop chichement, négligeant ainsi la pauvreté de ses sujets, encourageant les vices les plus honteux, s’attirant le courroux des classes moyennes et menant une politique de double jeu envers ses alliés. Même si Fersen ne le jugeait pas aussi sévèrement, il souhaitait fuir cet environnement inhospitalier, s’éloigner de sa famille, au grand désarroi de cette dernière. En Réalité, il n’avait qu’un objectif, se rapprocher d’elle sans la revoir pour autant. C’est ainsi qu’un matin d’octobre 1787, il arriva sur la terre des Jarjayes.

Marie-Antoinette pendant toutes ses années n’avait pas changé. Elle s’enfermait de plus en plus dans un monde de loisirs et de frivolités chers payés lui valant la haine et commérages de ses sujets, scandalisés par ses dépenses astronomiques et cette vie dissolue non conforme au rôle de reine. Elle accommodait ses divertissements selon les saisons, des balades en traîneaux l’hiver et des spectacles de feux d’artifice, l’été.

De plus, lasse de ce protocole de cour pompeuse et hypocrite, fuyant ainsi les longues séances de doléances de ses sujets, distante d’une époque chargée diplomatiquement par des alliances et mésalliances belliqueuses constantes, la reine, se retira au petit Trianon, chef-d’œuvre néo-classique achevé par l’architecte Gabriel en 1768, cadeau de mariage de son mari. Ainsi, dans cette petite bâtisse de marbre comportant un soubassement, un étage noble et un attique surmonté d’une balustrade dissimulant un toit à l’italienne, elle mena cette vie intime et close, faite de jouissances purement féminines dont elle avait toujours rêvée autour de ses trois enfants, sa seule réelle source de bonheur. La reine rêvait d’embellissements pour son refuge champêtre de Trianon où glaces mouvantes reflétaient tout le luxe intime, floral et multicolore dans lequel en nymphe gracieuse, elle se baignait, de jardins à l’anglaise et pour cela, n’hésitait pas à se servir dans les caisses du trésor, Louis XVI la laissant agir, pensant qu’ainsi elle était heureuse. Les années passant, Marie-Antoinette était toujours aussi fraîche que le jour de son mariage, une sorte de femme-enfant sybarite, désireuse de s’amuser, de jouir de tous les petits plaisirs de la vie qu’une reine ne peut normalement pas se permettre.

A côté du petit Trianon décoré à l’antique sous les ordres de la reine, un théâtre fut construit afin que ses amis et elle puissent jouer des comédies, grand divertissement lui prenant des journées entières. Cette femme, la plus élégante de son royaume, si coquette et menant une vie dissipée, de séduction parmi des courtisans blasés, aimait jouer, se déguiser, s’enivrer de représentations lui permettant de se glisser dans un autre rôle que le sien, de ne plus être reine. Ah si seulement elle ne l’était pas ! Simplement juste une femme qui se serait enfuie loin de cette existence monotone avec Fersen, juste dans une vie simple et heureuse, une vie à s’aimer, à se perdre dans les bras l’un de l’autre, une vie à s’oublier ! Mais au lieu de cela, tout n’était que désolations, souffrances, espérances dans tout ce faste éblouissant, sans lui, vivant dans son univers idyllique, amnésique, peu lucide des conditions de misère de paysans agonisant de faim tout près de ce paradis, dans leur sombre chaumière où tombait en giboulée, une pluie glaciale.

Une autre âme éprouvait cette même désolation, ce manque de chaque minute, de cet être absent qui par un instant de présence rappelait toute l’éternité d’un sentiment violent d’amour. Nous retrouvons Oscar assise dans sa chambre à fixer l’horizon. Elle le revit après toutes ses années, elle courut vers lui, cette magnifique journée ensoleillée d’octobre 1787.

Oscar : « Fersen, c’est vous ?? C’est bien vous !! Oh mon ami, comme je suis heureuse de vous revoir après toutes ces années ! Vous n’avez pas changé ! »

Fersen : « Ma foi, vous non plus Oscar, vous êtes toujours la même personne téméraire et honnête que j’ai connue. Vous êtes un modèle pour nous tous Oscar ! »

André assista à ces retrouvailles tant espérées par Oscar, silencieux, partagé entre deux sentiments : le soulagement de voir enfin un sourire sur ce visage impénétrable et le désespoir de la voir exprimer un cri d’amour pour un autre juste en prononçant un prénom. Mais il se devait de cacher cette douleur, cette souffrance, il se le devait pour elle puisqu’il la voyait si heureuse. Fersen, lui ne devina pas les sentiments de son amie Oscar à son égard, ses pensées étant toutes accaparées par la reine. Il ne vit pas la transformation d’un visage au regard immobile et terne à une rose sublime s’épanouissant, renaissant à l’aube d’un hiver rude et silencieux. Il ne vit pas le sourire de son amie devenu angélique à son apparition inattendue mais tant rêvée. Pourtant il n’était pas aveugle, juste épris d’une autre, du moins le croyait-il encore ! Oscar rayonnait, sa blonde chevelure au vent, les étoiles hivernales dans ses yeux brillaient comme jamais elles ne l’avaient fait.

Autour d’un feu de cheminée, ils parlèrent longtemps, bien longtemps rattrapant presque neuf années d’absence. Ils avaient tant de choses à se raconter ! Et puis vint le sujet douloureux, il ne put s’empêcher de demander à Oscar des nouvelles de la reine.

Fersen : « Dites-moi Oscar, est ce vrai ce que l’on raconte ? La reine est-elle si méprisée au point qu’une colère sous jacente gronde et menace à jamais de ternir l’image royale, de frapper très fort en plein cœur du règne de leurs majestés? »

Oscar sur un ton accablé : « Les années ne l’ont pas changée, elle vit heureuse, insouciante comme du temps de feu sa majesté Louis XV, plus belle que jamais, retirée à Trianon pour fuir cette cour qu’elle déteste par-dessus tout. Mais en réalité, elle se sent si seule ! Si abandonnée, incomprise, en proie à ces courtisans qui la jugent, la guettent. »

En elle-même en plaintes liquescentes : « Oui, elle se sent si seule monsieur de Fersen, elle pense à vous, elle vous aime à chaque instant, ne pouvant retirer votre beau visage de son esprit, elle vous appelle, elle souffre… »

Sans doute, pensa-t’-elle ses paroles plus pour elle-même, revivant toutes ces années à rêver dans le silence tout en menant ses activités militaires, à répéter les mêmes gestes, les mêmes paroles, les mêmes commandements comme un automate ballotté entre le devoir d’obéissance et le vœu d’être celle qu’elle aurait dû être. Pendant que son bras dictait ses ordres, ses pensées solitaires, ailleurs, étaient en Amérique, en Suède partout sauf là où elles devaient être. Elle désapprouvait tout bas les frasques dépensières de la reine mais se gardait bien de lui donner son avis comprenant la solitude de cette dernière et surtout partageant le même tourment amoureux pour le même homme. L’une avait été choisie malgré elle pour devenir reine et l’autre choisie malgré elle aussi, pour devenir un garçon impitoyable, le plus viril de tous. Si l’une trahissait ce destin imposé pour une patrie à laquelle elle ne devait rien, l’autre le suivait, conformément aux résolutions paternelles prises au premier cri du nouveau-né. Même si dans sa tête de femme, elle rêvait de l’amour, elle n’avait pas le droit de décevoir celui qui croyait en elle. Pourtant deux mois après le retour de Fersen, ce soir là de décembre 1787, le 27 précisément, elle en décida autrement….


6) A une passante…

« Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi je buvais, crispé comme un extravagant
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue »

Les bals dans ce Versailles dépeuplé de nobles sous le règne de Louis le XVIème, étaient l’un des seuls divertissements attirant en aimant, une pléthore de courtisans assouvis de tous les plaisirs à la mode, désireux de briller à la cour, réconciliés avec le château et son étiquette, le temps d’une valse d’infinie. La plupart des bals se déroulaient dans une salle expressément aménagée à gauche de la cour royale et donnant sur une galerie pour accueillir de nombreux aristocrates non encore présentés à la famille royale.

Ces courtisans noctambules, assoiffés de prestiges honorifiques et de louanges, rivalisaient en apparats somptueux pour complaire à leurs majestés, revêtant pour les hommes de beaux habits à la couleur de nuit pour que le reflet des étoiles vienne scintiller et rehausser l’éclat fade de ces visages pâles et pour les femmes, des robes copiant la mode du moment, instaurée par la reine du rococo, Marie-Antoinette. Une fois les girandoles endormies, les carrosses disparaissaient à l’aube dans l’oubli de ces fastes étincelants.

Le jeudi 27 décembre 1787, un bal se déroula à Versailles spécialement dans la galerie des glaces au prestige séculaire et conçue par Jules Hardouin-Mansart entre 1678 et 1684, la salle des bals faisant l’objet de travaux.

Reliant les appartements du roi à ceux de la reine, cette royale galerie de lumière, aux mille éclats dorés et argentés, éclairée sur les jardins grâce à 17 fenêtres cintrées se regardant en face d’elles dans 357 miroirs biseautés de 17 arcades feintes, remplissait la tâche très humble d’accueillir les grandes fêtes royales comme les mariages princiers ou les audiences extraordinaires. Les décors peints, réalisés par Charles Le Brun évoquent, par des allégories et des trompes l’œil, tous les plus grands traits glorieux du règne du roi soleil, les épisodes guerriers victorieux et surtout la suprématie totale d’un souverain se suffisant à lui-même.

Une vingtaine de lustres à monture de bronze argenté et orné de cristaux de Bohème, donnait en ces temps de bal, l’impression d’être dans un univers où régnaient des constellations éclairées, des étoiles vivantes et des planètes ensoleillées, parées de feux jaillissant de partout et de nulle part. Dans cette galerie lumineuse, ce soir hivernal de décembre, dansaient des petites noctuelles scintillantes sous le regard attentif d’astres brillants attendant une venue exceptionnelle sous les strass veloutés, apocalyptique tout en contemplant leur reflet céleste dans les miroirs dorés.

Axel de Fersen n’avait pas encore osé se présenter à Trianon même s’il souhaitait ardemment l’apercevoir ou du moins l’entrevoir, pour ne pas dire la voir complètement, juste reprendre en son cœur cette douce et tendre image délaissée à regret neuf ans auparavant, l’image de sa reine bien-aimée, idolâtrée. Il décida pour faire son entrée à Versailles, d’assister à ce bal de fin d’année jour de naissance du quatrième enfant de Mozart, célébrant l’hiver sous un manteau de neige.

Marie-Antoinette, en grand deuil, vêtue de satin noir et violet sombre depuis la décision des cieux de rappeler à eux sa dernière-née, la princesse Marie-Sophie Hélène, ignorait le retour de l’être cher, tant espéré dans ses rêves.
Elle n’assisterait pas à ce bal, n’accueillerait pas tous ces visiteurs Sardanapale, venus spécialement pour la rencontrer, gagner ses faveurs, l’admirer et s’amuser dans l’ivresse. Non elle ne serait pas la reine de la soirée…Le roi lui, peu enclin aux nuits festives, préférant de loin son atelier de serrurerie et ses grandes parties de chasse, du moins, faisait acte de présence, le visage impassible et endormi, pensant déjà au gibier qu’il ramènerait le lendemain, concentré sur ses futures prouesses cynégétiques. Axel de Fersen attendait, sans remarquer qu’il faisait l’objet sous les éventails bavards, de quolibets médisants, de sarcasmes sardoniques dans les alcôves les plus sombres. Il ne se sentait pas très à l’aise, parmi ces charognards insatiables de plaisirs et de bien-être qui n’avaient jamais vécu les souffrances morales et physiques endurées au retour d’une guerre. Une guerre sanglante offrant le terrible spectacle de corps sans vie abandonnés là sur la terre dure et froide. Fersen si sûr de lui au temps de son insouciante jeunesse, se retrouvait dans ce lieu de bals, d’enchantement où tout lui semblait étranger et dépourvu d’intérêt. Ces années de guerre et de souffrances intolérables l’avaient mûri, trop tôt peut-être, le visage doctoral et sombre.

Un courtisan sur un ton visiblement amusé : « L’amant de la reine est revenu, voyez donc très cher, il la cherche, il la guette ! Il a l’air inquiet ! Sait-il qu’elle ne viendra pas ce soir ? »

Un autre courtisan sur le même ton : « Non, je ne pense pas, sinon il ne serait pas venu. Que vient-il faire en France si ce n’est que pour la revoir ? »

Le premier courtisan : « J’ai appris qu’il était revenu voici deux mois à Paris, sans doute en laissant passer un peu temps, a-t-il voulu faire oublier le motif de son retour ? »

Tandis que les violons des musiques de Gluck et de Mozart jouaient inlassablement menuets muets, et sarabandes en demandes, Fersen emporté dans les souvenirs défilant de ces portées de notes dansantes, songeait perdu dans une laconique mélancolie.

Quand soudain, une apparition timide et remarquable franchit le seuil de ce bal décembriste. A sa majestueuse entrée, les sons des violons et des violes du menuet en mi majeur de Luigi Boccherini s’arrêtèrent de jouer, les invités de danser. Non ce n’était pas une illusion, ni un rêve ! Comment nommer cette sublime créature céleste venant on ne sait d’où et pénétrant l’allée de lumière d’un pas leste et gracieux ! La galerie des glaces elle-même ne comportait pas assez de parures et de miroirs pour refléter cette antique beauté à la chevelure des rayons du soleil. Toutes les robes des courtisanes parurent bien ternes, leurs visages insipides à côté de cet écrin de satin blanc et bleu-ciel brillant. Les lèvres peintes en rose vermeil, le teint blanc nacré illuminé d’une douceur angélique, s’harmonisaient au romantisme de yeux aux longs cils de jais inclinés vers le sol. Son cou fin et délicat, ses mains patriciennes, et ses oreilles si menues, dépourvus de bijoux, n’avaient pas besoin de ce superflu flamboyant pour attester une beauté sapide incomparable. Les étoiles en paillettes et en pépites de pierre de lune, d’opales nobles et de saphir, étaient tombées, parsemées harmonieusement sur sa longue robe. Digne d’être l’égal en éclat des déesses pour ne pas dire surpasser la divinité immortellement belle, cette chaste et svelte sylphide, avança modestement entourée des regards admiratifs des hommes et des femmes éblouis.

« Mais qui est-Elle ? Qui est cette beauté ? » Entendit-on plusieurs fois dans des murmures dissimulés derrière les éventails en ivoire, en rejetées de fleurs prêtes à tomber à ses pieds.

Tout d’un coup, Elle leva ses yeux aigue-marine vers Fersen qui lui n’avait pas détaché les siens un seul instant de cette beauté si irréelle et si réelle pourtant et à la vue de toute la cour fascinée, magnétisée, offrit un regard contenant toute la magnifique rosée du matin. Fersen la trouva si belle, qu’il en perdit l’usage de la parole, le cœur serré. Mais de quel paradis vient cette beauté, cette étoile ? Pensait-il à cet instant. Il avait pourtant déjà vécu cet ébahissement inattendu qui prend en otage le cœur sans consentement et s’empare de l’âme sans prévenir. Et voilà que ce soir-là, son cœur et son âme à nouveau, peut-être plus fort que la première fois ; mais cela il l’ignorait, devenaient prisonnier de cet éblouissement d’amour, attirés comme un aimant vers cette apparition captivante et si séduisante.
Il s’approcha d’Elle balbutiant, oubliant lui-même pourquoi il était ici et l’invita en premier à danser sous l’œil jaloux des autres nobles.

Elle aussi était nerveuse, en proie à de violentes palpitations à la vue de son prince charmant qui avait égaré ses yeux sur elle, la contemplant comme si elle était la première loin devant les autres, des merveilles du monde, de l’univers. Elle tenta tant bien que mal de dissimuler les tremblements de ses mains, s’inquiétant de la couleur probablement pourpre de son teint ainsi que de la musique incessante de son cœur tambour.

Comme par magie, la musique voulant faire honneur à ce couple divin, mit toute son âme pour interpréter son plus beau menuet. Et ils dansèrent ainsi dans la nuit, leurs regards enlacés, hypnotisés l’un par l’autre, émerveillés, se laissant aller dans cette valse ensorcelante des astres. Les courtisans après cette entrée à couper le souffle de la belle aux cheveux d’or, n’eurent plus le cœur à danser mais à regarder, admirer transis, cette grâce dansante, ce mariage nocturne du soleil et de la lune, cette éclipse enchanteresse qu’ils ne verraient qu’une fois dans leur vie. Même leurs habits s’épousaient à merveille, lui revêtant un costume à la couleur sombre de la nuit, un bleu saphir assorti aux yeux de sa cavalière et elle revêtue d’une splendide robe opaline. Dans tous les miroirs de la galerie, les plus belles étoiles de la soirée, dansaient, valsaient, tournoyaient, se multipliant ainsi à l’infini pour le plus grand bonheur des courtisans devenus des simples témoins de cette danse interstellaire, de cette Psyché enlacée dans les bras de l’amour.

Et eux deux que pensèrent-ils à ce moment ?

Ils ne pensèrent que l’un à l’autre, elle, perdue chavirée dans son regard, heureuse, le sourire de ses lèvres vermeilles rayonnant et lui amnésique, ne sachant même plus qu’il était, juste captivé par sa partenaire.

Sans se soucier de cette saison hostile et si froide, protégés par un manteau de fièvre et de chaleur amoureuse, ils dansèrent en mesure sous l’emprise mutuelle de leurs charmes, oui ils continuèrent longtemps, dans l’azur de leurs yeux, dans les jardins où même les statues de marbre semblaient ne regarder qu’eux, dans les bosquets où l’eau malgré le gel comme par enchantement avait jailli pour leur rendre hommage, réveillant cascades et naïades. Sous le Bosquet de la colonnade rappelant Jupiter enlevant Proserpine, lui Fersen, l’enleva le temps d’une danse, d’une chaconne d’Alcione de Marin Marais, d’un menuet de Mozart qui paraissaient durer pour toujours, le temps d’une valse éternelle. Sans se parler, leurs regards communiquaient, un nouvel amour qui ne pouvait que naître au cœur de l’inflorescence romantique, irradiait sur leurs visages enchantés l’un de l’autre, formant à eux deux une fresque picturale grandiose de par l’éclat de leur beauté, parmi ce paysage mythologique. Leurs larmes gouttelettes émues, en pluie, coulaient puis défaillaient dans les fontaines du parc constellé.
Pour célébrer un peu en avance le nouvel an, un feu d’artifice avait été programmé, et sous des multiples couleurs de feux venant des cieux, de leurs yeux, ils dansèrent en grâce, en harmonie, suivis par une cour ébahie et transparente. Ils étaient seuls, immortels et si heureux dans ce parc où les dieux se reposaient, revivaient indéfiniment leur histoire et n’étaient plus pour une fois, maîtres de ces lieux.

*« Un éclair… puis la nuit !---- Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? »

Mais souvent, l’éternité a une fin, l’éternité n’est qu’illusions et aux douze coups de minuit, l’apparition blonde, merveilleuse et éblouissante s’évanouit dans la nuit noire. Un cygne magnifique aux ailes déployées prit son envol laissant un soupirant conquis, expirant sous cette beauté bipenne. Leurs cœurs avaient valsé cette nuit-là, entrelacés, n’en formant plus qu’un, géant imprimé dans la voûte céleste parmi les astres, parmi les Dieux.
Oscar disparut dans les ombres gigantesques de l’impressionnante et royale bâtisse versaillaise, dans la pénombre des yeux de braise d’Axel de Fersen.

*« Ailleurs, bien loin d’ici ! Trop tard, jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais
O toi que j’eusse aimée, Ô toi qui le savais ! »

A suivre...

2005-2006

*extraits du poème la passante de Baudelaire




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Ce morceau de pluie

Posté le 10.03.2008 par ceres
J’ai choisi ce morceau de pluie
Au soir d’un visage vierge
Un peu d’ange au cou de la nuit
Une larme expirant d’un cierge

Ces notes chuchotant baisers
S’enterrent dans l’abysse rose
Pour nourrir la mort cicatrisée
De tous ces sourires d’hypnose

Le temps lui a encore maigri
De quelques centaines d’amour
De marguerites un peu aigries
D’effeuiller un rêve en velours

Et quand joue ce morceau de pluie
Au théâtre d’une vie vierge
Les corps s’envolent dans la nuit
Le jour renaît quand s’éteint le cierge


2008

Pour Louka

Posté le 23.02.2008 par ceres
Une nuit d’ivoire d’un sommeil en grève,
A effleurer quelques larmes givrées,
En attendant que l’étoile royale se lève,
Pour illuminer des cœurs bien navrés.

Une nuit à ressasser une fleur épuisée.
Jadis soprano des minuits bleu-mauve,
Chante encore pour mon espoir brisé
Et respire pour le plaisir des deux fauves !

Une nuit à penser. Tricolore gentille
Ou ange fragile aux ailes cassées
Par le hasard des vies trop tranquilles
Au chevet des silences blessés.

Une nuit à contempler. Etre chétif si aimant
Au partage de quelques mois dialogués ;
Des petites couettes en guise de sentiments
A rêver pour un avenir si fatigué…


2008

Louka a été opérée d'un kyste aux ovaires et a survécu à l'opération.

Février aux saintes valentines

Posté le 23.02.2008 par ceres
Vacances aux trente-cinq heures
A compter les secondes de la nuit,
S’enfuir avec l’hiver à chaude humeur
Aux frissons qui baillent d’ennui.

Ô mois amputé au poumon des jours
Pour que vivent horloges paresseuses !
Consolé par des maux d’amour
De quelques amantes dormeuses.

Cupidon et ses petites fleurs de neige,
Percent les yeux en mille étoiles,
Le temps de souffler le sortilège
Des veines glacées à la moelle…

Les baisers fleurissent en nid vert,
Quand tressaille la saison posthume ;
Et les valentines dans un courant d’air
Du silence à l’attente, le vent exhument.


2008

Illico Presto

Posté le 23.02.2008 par ceres
Ma braise au sable couchant
Cachée sous le soleil d’hiver
Refroidit son feu alléchant
D’un coup de fou à l’envers

Au Vol de vagues amères
Des larmes au visage tranchant
Vident ses regards éphémères
Au sang des cœurs touchants

Vite, cours, disparaît aux cieux
Des fleurs toujours en haleine
Les anges déchus vains messieurs
Des tombeaux de vie à la traîne


2008

Dessins

Posté le 20.02.2008 par ceres

La symphonie hivernale

Posté le 20.02.2008 par ceres
1) Une rose prisonnière dans ses ronces

Au début d’un crépuscule d’hiver étoilé de l’année 1787, Oscar de Jarjayes sixième fille du général de Jarjayes et colonel de la garde royale au service de sa majesté la reine de France Marie-Antoinette, laissa son regard se noyer dans l’horizon d’un soleil couchant.
Ses yeux saphir brillaient, fixant un souvenir lointain, un rêve d’amour impossible qu’elle se devait à tout prix d’oublier. Il était revenu, certes pas pour la revoir Elle la femme ou Lui l’ami. Mais il était revenu et éperdue de bonheur, elle avait couru vers lui, les yeux remplis d’étoiles brillantes, contenant encore toute la pluie abondante et secrète d’années de sécheresse et de tristesse….

A sa naissance au soir festif d’un hiver, le 25 décembre 1755, son père le Comte de Jarjayes, royaliste fidèle, qui avait nourri l’espoir d’avoir enfin un fils qui lui succéderait et le rendrait fier, prit seul la décision d’élever ce petit ange blond, ce visage si innocent et séraphique comme un garçon. L’ange aux boucles d’or et aux joues roses profondément endormi dans les langes où le sceau des Jarjayes trônait fièrement, s’appellerait Oscar et deviendrait un militaire vaillant trancha son père à la froideur ophidienne, qui désormais mettait tous ses espoirs dans ce beau bébé au sourire paisible.

Le général de Jarjayes : « Vous entendez Louise ? Ce bébé que vous serrez dans vos bras est notre fils, mon fils que nous allons baptiser Oscar François de Jarjayes. »

Régnier de Jarjayes s’occupa personnellement de l’éducation d’Oscar, l’éloignant ainsi de ses sœurs destinées à faire de beaux et opulents mariages et de sa mère, la tendre Louise de Jarjayes si douce et effacée. Il fit appel à un précepteur afin que son fils reçût une parfaite éducation de gentilhomme. L’art de manier l’épée et les armes, monter à cheval ainsi que divers exercices militaires lui furent imposés chaque jour à toute heure sans relâche.
Régnier de Jarjayes se montrait très fier d’ailleurs des progrès d’Oscar mais sans jamais lui adresser d’encouragements ou de louanges. Oscar privée d’amour paternel, obéissait aveuglément pour complaire aux volontés despotiques d’un père si sévère.
Ce dernier qui n’avait pas appris à sourire et qui avait choisi le destin de sa fille, fut loin d’imaginer que le cœur de celle-ci trahirait un jour cette volonté ferme d’élever un être contraire à la nature qui lui est conférée. Ce cœur de femme était destiné à souffrir les affres de l’amour tourmenté et inaccessible, à s’évanouir dans les méandres romantiques d’un amour illusoire condamné par avance.


En 1756, la cuisinière et intendante des Jarjayes recueillit son petit-fils devenu orphelin, André Grandier. Le général accepta sa présence pensant que ce dernier pourrait exercer une influence et une ascendance favorables sur Oscar. Celle-ci aurait un compagnon de jeux avec lequel elle pourrait s’entraîner à l’épée, galoper à travers les plaines. A ses côtés, elle deviendrait un homme, un vrai.

Oscar : « André, si tu es un homme viens te battre tout de suite dans le parc, je t’attends ! »

Les saisons au rythme d’un vent rapide et léger défilèrent patiemment chacune leur tour pendant de nombreuses années sans lassitude. Oscar et André partageaient tout ensemble, les foudres paternelles, les querelles d’enfants, les doutes d’adolescents et une complicité les unissait main dans la main, grandissant au fil des ans passants. D’un seul regard, ils se comprenaient sans avoir besoin de se confier. Ce qu’ils aimaient par-dessus tout, c’était courir ensemble dans l’immense parc de la propriété des Jarjayes située à quelques lieux du château de Versailles, où leurs rires si purs en écho lointain, retentissaient dans les allées de rosiers. Un serment d’amitié indestructible après avoir ferraillé pendant des heures, leur donnait un sentiment d’immortalité. A travers ce pacte de tendresse fraternelle, ils se sentaient grands et puissants réunis à eux deux dans une force incommensurable. Un duo de choc qui leur permettrait d’affronter ensemble toutes les tempêtes temporelles et humaines surtout. C’est ce qu’ils croyaient à l’époque…

Oscar vêtue comme un homme irradiait de beauté, les longs et splendides cheveux d’or volant dans le visage de son compagnon, tous deux chevauchant dans la propriété et dans l’insouciance de leur belle jeunesse. La blonde et interminable chevelure de la jeune fille, ses airs si fiers d’amazone versaillaise lui conféraient une grâce enchanteresse surpassant celle de ses sœurs revêtues pourtant des plus beaux atours, de somptueuses robes brodées. Une taille gracieuse, élancée et svelte se dessinait petit à petit malgré ses habits masculins cachant les formes que la nature ne pouvait lui reprendre bien malgré elle. Telle une valkyrie guerrière, d’un seul regard, elle captivait toute l’attention. Nobles et roturiers pour une fois réunis dans une admiration commune, hommes et femmes, enfants, tous s’arrêtaient conquis par la beauté céleste, de cette statue antique, mouvante pourtant. Elle avait hérité du caractère ferme et glacial de son père, toisant parfois André quand ce dernier la contrariait, en proie soudainement à de nuageuses humeurs contenues dans un regard fixe et gelé. Des répliques cinglantes rendaient André silencieux et triste, lui d’un tempérament si jovial et peu contrariant.

Une noble et un roturier élevés ensemble dans les mêmes conditions suivant un destin scellé d’avance par une volonté arrêtée et indiscutable, devinrent les meilleurs amis du monde, des frères si non liés par le sang, l’étaient du moins jusqu’à la mort par une complicité infaillible.


Et puis un jour près de ses quatorze hivers, Oscar s’étant distinguée lors d’un duel arrangé avec un jeune et prometteur lieutenant, le Comte de Girodelle, fut choisie pour commander le régiment de la garde royale, devant assurer la protection de la jeune dauphine Marie-Antoinette de presque deux mois son aînée, arrachée à son palais autrichien Shonbrünn où sa mère, l’impératrice Marie-Thérèse régnait d’une poigne de fer.

A chaque passage au palais des glaces au château de Versailles, Oscar à l’allure si droite et majestueuse revêtue du bel uniforme blanc de la garde royale, conquit des cœurs et toutes les faveurs nobiliaires s’échouèrent à ses pieds à travers des élans de dévotion passionnée. Les dames de la cour se pâmaient à l’entrée doctorale du capitaine de la garde royale insensible à toutes ces marques d’attention. La dauphine elle-même lui prodiguait toute sa bienveillance et lui témoignait déjà une confiance sans borne. Oscar devint une source de réconfort pour cette jeune princesse séduite par la beauté d’un tel protecteur. Marie-Antoinette se sentait démunie et déjà désœuvrée dans ce pays étranger, dans cette vie à l’avance résolue et conclue par un mariage d’alliance.

Le château de Versailles, simple petit pavillon de chasse du roi Louis XIII avait fait l’objet d’agrandissements spectaculaires et grandioses sous le règne de Louis XIV à la fin du XVIIème siècle, lui qui se voulait l’emblème de l’astre le plus brillant du ciel, le soleil. Le château de Versailles, instrument et reflet d’une volonté de puissance et de gloire du monarque Louis le Grand et symbole de l’absolutisme en imposait par la splendeur des pièces conçues par des artistes talentueux comme Charles Lebrun et Charles de Lafosse. Les souverains et leur cour évoluaient dans des décors d’or de fresques antiques paradisiaques à la gloire des Dieux, des lustres de cristal, de tentures s’accommodant aux saisons et de meubles raffinés créés par des ébénistes parisiens. Chaque passage souverain était marqué par des embellissements, des nouveaux décors d’orfèvrerie suivant la mode et faisant appel à de grands artistes. Les jardins, œuvre en grande partie de l’architecte jardinier Le Nôtre, abritant statues allégoriques, antiques et bosquets miroirs où l’eau, l’ombre et la lumière jouent indéfiniment à cache-cache, accueillaient des hôtes préoccupés de ballades d’enchantement, d’oublis et de féerie. Le tapis vert permettait aux courtisans de se perdre indéfiniment dans une évasion perpétuelle d’eau et de sculptures représentant l’apothéose de divinités antiques tel Apollon sur son Char tiré par quatre chevaux, entouré de tritons et de monstres marins.
Le souverain soleil avait bâti un empire versaillais colossal empreint de magie, de beauté onirique mais si isolé, si loin des réalités funestes de la condition d’un peuple français vivant dans la disette, dans l’indigence la plus totale.


Quatre ans s’étaient à peine écoulés, qu’Oscar fut nommée colonel de la garde Royale en 1774, abandonnant son uniforme blanc pour un autre rouge passion à la couleur d’un amour qui allait bientôt la plonger dans une mélancolie rêveuse.

Le général fier de cette nouvelle distinction vit ses ambitions paternelles les plus chères se réaliser et si ses paroles élogieuses se turent à l’égard de sa chair, son enfant à lui, ses yeux seuls remplis de flammes crépitèrent de joie. Il ne put s’empêcher devant ses amis nobles, de louer le mérite de son fils, l’honneur de la famille. Son orgueil de père se manifestait surtout lorsque Oscar commandait sa garde arrivant à se faire obéir de sa troupe, par un seul regard froid et imperturbable. Il avait un fils glorieux et il voulait le hurler à la face du monde au-delà des océans, à l’univers entier. Oui Oscar son fils !

Le général de Jarjayes au duc de Bouillé : « Mon fils s’est encore surpassé aujourd’hui, il a réussi à mater ce petit vicomte d’Ornéac qui refusait obstinément de passer en revue. Le sang des Jarjayes coule dans ses veines, il ira très loin mon fils ! »

André, le fidèle chevalier servant toujours aux côtés de la belle aux cheveux solaires mais au regard dur, la secondait tout en la couvrant d’un regard protecteur et chevauchant toujours près d’elle.
En 1774, Louis XV très impopulaire à la fin de son règne épuisé par les guerres et les dépenses folles de ses favorites, rendit l’âme après quelques jours d’une terrible agonie. Ainsi son petit-fils Louis marié à l’archiduchesse Marie-antoinette d’Autriche, devint roi sous le nom de Louis XVI.
Marie Antoinette et Louis agenouillés en Chœur : « Mon Dieu, donnez-nous de la force et du courage, nous sommes si jeunes pour régner ! »

Jeune et belle, la reine Marie-Antoinette faisait l’objet d’admiration de tous ses sujets ébahis par tant de grâce, par ce sourire si enfantin. Mais un sourire hélas déjà lasse d’ennui et de solitude. Mariée à un homme au physique ingrat, disgracieux, timide et gauche ne lui accordant que très peu d’intérêt, la souveraine se sentait bien seule et abandonnée dans toute cette magnificence royale, de cette machine infernale de faste et de duperies prête à la broyer au moindre écart de conduite.

Son seul sincère et véritable appui à Versailles fut donc ce colonel blond au visage délicat et raffiné, ne trahissant aucune émotion, ce colonel qui obéissait à son père. Oui un père soucieux de conserver le nom dynastique des Jarjayes par la décision de faire de la plus belle rose qui soit, un symbole de virilité lui déléguant ainsi des fonctions masculines et formant son esprit et son corps à devenir un homme fort. Le général dans son orgueil misogyne avait planté un rempart de ronces autour d’une rose splendide, prisonnière de son destin.


2) Un amour impossible

Le 30 janvier 1774 quelques mois avant la mort de Louis XV, sur les instances pressantes de la dauphine, Oscar dut l’accompagner à un bal masqué se déroulant à Paris au temple des plaisirs, l’Opéra. La dauphine voyait dans ce divertissement, l’occasion d’échapper au protocole ennuyeux de la cour de Versailles et de s’étourdir dans un tourbillon d’agréments nocturnes. Afin d’oublier une solitude qui la suivait telle une ombre siamoise, la dauphine cherchait à apprivoiser le temps en dépensant des sommes pharaoniques dans des toilettes plus belles les unes que les autres. Tout ce luxe de soie, de satin, de lin et de percale ne servait qu’à masquer, à déguiser une mélancolie oisive et résignée.

L’Opéra était un lieu de rendez-vous de courtisans costumés venant troquer leur identité contre un peu de liberté, l’espace d’une nuit trouble en rires feints et en chuchotements. Derrière un masque de velours, ces nobles anonymes morts-vivants s’adonnaient jusqu’à l’aube, à l’ivresse de danses galantes. Toute la nuit, des pavanes et des menuets à trois temps, danse originaire du Poitou, emportaient majestueusement des couples en dentelles abandonnés au rythme lent des violes, des tambourins et des hautbois. En ce temps là, les compositions ingénues du musicien belge André Ernest Modeste Grétry, protégé de l’ambassadeur de Suède Von Creutz et encouragé par Voltaire, faisaient fureur.

Les âmes masquées déambulaient chacune leur tour dans ce repaire luxueux de notes festives, de ravissements colorés, de badinages superficiels, de convoitises de l’autre et rivalisant burlesques en logomachies. Derrière leur domino, ces aristocrates vêtus de couleurs chatoyantes, échangeaient conversations se voulant raffinées et joutes oratoires.

Dans cette échappatoire de mascarades miroitantes où l’ombre et la lumière sans cesse se côtoyaient, Marie-Antoinette, la dauphine dissimulée derrière un loup blanc en satin, riait en compagnie de galants nobles quand elle croisa le regard profond d’un homme qui la regardait depuis quelques instants.

Celui-ci s’approcha d’elle pour engager la conversation, éblouit par la beauté de cette jeune Vénus inconnue portant une robe en satin de soie à la couleur chicorée avec des parements bordés de fourrure et de dentelles, aux cheveux en boucles ambrées et à l’allure altière. Les étoiles de ses yeux azur parvinrent à traverser son masque feutré pour toucher le cœur du jeune homme déjà conquis par cette grâce toute naturelle, cette bouche exquise et nonchalante.

Avec un léger accent très fin, il l’invita à danser afin d’en savoir plus sur cette éblouissante cavalière. Pendant une chaconne espagnole, le prétendant au cœur de la jeune femme, ne pouvait détacher son regard de cette belle déesse toute rougissante. Il faut bien dire aussi que le cavalier était très charmant, même beau, au regard désarmant, de haute stature. Son visage ouvert quoique empreint de mélancolie, était transformé, transcendé à la vue de sa ravissante partenaire de bal. Après la danse, elle se retira dans l’encoignure d’un balcon constellé où il la suivit, tous deux émerveillés, le souffle haletant. Mais Oscar de Jarjayes adossée toute la soirée à un mur et qui n’avait pas un instant quitté des yeux la jeune dauphine, s’interposa au moment même où le jeune homme parvint à enlever le masque de la jeune femme voulant profiter davantage de l’éclat de ses yeux.

Axel de Fersen : « Qu’elle est belle, ce n’est pas possible, je fais un rêve, elle a l’air d’un ange !!! » Dit-il admiratif de tant de beauté si pure.

Oscar de Jarjayes s’interposant : « Halte, noble sire, pas si vite!!! » Dit-elle courroucée, « défilez-moi vos titres je vous prie !!! »

Marie-Antoinette : « Capitaine vous êtes vous fou !!! »

Axel de Fersen : « Je croyais les Français plus courtois monsieur et d’abord qui êtes vous ? »

Oscar de Jarjayes: « Oscar François de Jarjayes, capitaine de la garde pour vous servir monsieur !!! »

Axel de Fersen : « Axel de Fersen, gentilhomme suédois et habitué à d’autres manières, je n’aime guère que l’on se mêle de mes affaires ! »

Oscar de Jarjayes : « Bien tant pis pour vous ! Si vous désirez parler à Madame, présentez-vous au château royal et demandez une audience. On ne rencontre pas la dauphine du trône de France comme ça monsieur ! »

Axel de Fersen : « Marie-Antoinette, je ne savais pas, j’implore votre pardon ! » Dit-il dans un immense étonnement humble.

Marie-Antoinette touchée voyant Fersen agenouillé : « Relevez-vous monsieur, je vous en prie ! Je ne vous oublierai jamais. » Dit-elle troublée.

Oscar fit avancer le carrosse de la dauphine qui disparut dans le regard enflammé du comte de Fersen.

Né à Stockholm le 04 septembre 1755, Hans Axel de Fersen était issu d’une famille noble, originaire de Poméranie depuis le XIIIème puis qui s’était installée quatre siècles plus tard en Suède. Très proche de la famille royale de Suède, les Fersen occupaient un rang très élevé au sein de la monarchie suédoise. Ainsi le père d’Axel avait été élu au parlement, le Riksdag comme sénateur et grand maréchal. Respecté et admiré de tous en Suède, même du parti roturier et pro russe Les Bonnets, adversaires farouches du parti des Chapeaux constitués de membres de la haute noblesse, Fersen faisait l’unanimité chez ses compatriotes. Cadet de son frère Charles, Axel de Fersen s’imposait charismatique, réel leader de sa caste familiale.
Le 03 juin 1770, il partit pour un long voyage en Europe, afin d’étudier en Allemagne l’art militaire et en Italie l’art.

Le 16 novembre 1773, Axel de Fersen arriva à Paris pour parfaire son éducation militaire, s’installant à l’ambassade de Suède. D’un naturel enjoué et sociable et aimant la danse, il se rendit aux bals qu’il quittait toujours le dernier. Etudiant assidu, il prit des cours à la Sorbonne pour apprendre les sciences naturelles tout en continuant son éducation militaire.

Et voilà qu’une nuit d’hiver, il avait rencontré la dauphine de France Marie-Antoinette qu’il n’était pas prêt lui aussi d’oublier.
Il la revit à Versailles quelques jours plus tard et leurs regards envoûtés ne pouvaient se détacher l’un de l’autre.

Marie-Antoinette livrée à elle-même dans ce grand château, si solitaire dans cette foule de prédateurs arrogants, enfin avait vu un astre lunaire brillant qui avait réussi à captiver son pauvre cœur prisonnier de l’impitoyable étiquette monarchique.

Mais cet amour âgé de quelques heures seulement, cet amour couffin, déjà était voué aux tourments et aux larmes d’un incontournable destin. Bientôt elle serait reine et lui n’était rien. Une écume de larmes contenues déjà recueillies dans deux regards désespérément amoureux, vivrait désormais intense, se rappelant sans cesse au souvenir de ces cœurs épris.


3) Deux amours impossibles

Axel de Fersen devint l’ami d’Oscar, cette dernière lui reconnaissant des qualités de cœur à plusieurs occasions. Le masque glacial du jeune homme troublait inconsciemment la jeune capitaine de la garde, attirée par ce visage mystérieux. Axel de Fersen possédait un don rare, celui de fasciner les femmes juste par un seul de ses regards pénétrants. Dés la première rencontre, ces femmes n’avaient plus qu’une obsession, faire fondre ce masque de neige glacée pour enfin voir un sourire accueillant et qui sait un cœur grand ouvert où l’on puisse venir s’y perdre en toute quiétude. Si Oscar aimait la compagnie de ce chevalier du froid au regard de braise, ce dernier ignorant la véritable nature d’Oscar, approuvait la bravoure digne et le sang-froid de ce frêle et gracieux capitaine aux cheveux d’or imposant le respect. De plus Oscar se dévouait corps et âme à la sécurité de sa majesté la reine, cette reine si belle et si merveilleuse, cette fée venue d’ailleurs.

Il repartit en Suède, ne pouvant plus contenir son amour pour elle. La dauphine suite à la mort de louis XV le 10 mai 1774, devint après le sacre royal, reine de France épouse du roi Louis le XVIème. Pour ne pas compromettre la jeune reine, sa reine bien-aimée, il partit longtemps, à ce moment là dans sa tête pour toujours. Il retrouva sa ville natale entourée d’eau, tel un immense et royal bateau flottant entre le lac Mälaren et la mer Baltique. Ville commerciale importante, la banquise Stockholmoise accueillait de nombreuses citadelles et châteaux comme le Palais royal.

Oscar n’était plus une adolescente mais une jeune fille vivant comme un homme, presque libre, échappant ainsi aux conditions réservées aux femmes nobles, le mariage ou le voile. Elle poursuivait avec zèle sa carrière militaire en servant dignement la reine en même temps que les intérêts de son père.

En 1778, après quatre années d’absence, Fersen revint en France, chez les Jarjayes. Son père souhaitait ardemment que son cadet aux allures de prince charmant, se marie avec la fille anglaise d’un riche banquier originaire de Suède, Catherine Leyel. Mais il avait repoussé ce projet, n’ayant qu’une seule idée en tête, la revoir elle, sa souveraine aux mille éclats dans ses robes brodées d’or, dont la beauté et le charme indéniable étaient vanté dans les toutes les grandes capitales européennes. Quand Oscar le revit, elle ne put réprimer un regard admiratif devant sa haute taille si noble, cette physionomie polaire et ces yeux captivants.

Oscar de Jarjayes : « Soyez le bienvenu dans la demeure des Jarjayes Fersen. Restez-y autant que vous le souhaitez ! »

Fersen : « Je vous remercie mon ami, je n’abuserai pas de votre bonté. »

Ainsi, Oscar, André et Fersen, passèrent des moments entiers à chevaucher dans la demeure des Jarjayes, à croiser le fer et à rire. Ils devinrent tous trois des amis inséparables très liés mais une ombre souterraine menaçait de ternir cette harmonie amicale et fraternelle. Parfois André regardait Fersen d’un air sombre sans que celui-ci s’en doutât, sans que l’on pût comprendre les nuages orageux qui éclataient silencieusement dans ses yeux vert émeraude.

Puis un jour, Fersen ne put s’empêcher de demander à Oscar ce qu’elle était devenue, Elle sa reine, si elle avait changé, ce qu’elle faisait.

Oscar : « Je savais que vous étiez revenu pour elle, que votre cœur ne pouvait rester trop longtemps éloigné de sa majesté. Allez Monsieur de Fersen. »

Oscar songeuse : « Allez monsieur de Fersen. Chaque minute qui passe, votre cœur vous trahit. »

Fersen retrouva au château de Versailles Marie-Antoinette émue à la vue de son doux chevalier, celui dont elle avait tant espéré le retour. Comme une rose qui perd ses fragiles pétales, elle avait égaré son insouciance, son rire espiègle dans un abîme de plaisirs onéreux. Si sa démarche souple et légère charmait toujours autant, elle s’était attirée de fortes animosités foudroyantes aussi bien chez les nobles que chez les roturiers. Elle ne connaissait pas la réalité de son peuple, ignorant donc le dénuement de milliers de familles affamées par les disettes et accablés par l’augmentation des impôts qui les privaient ainsi de toutes ressources. A chaque repas, dans les campagnes, les familles n’avaient qu’une seule pomme de terre à se partager.
Affamés, désespérés, leur colère menaçante se tourna vers cette étrangère, cette autrichienne qui puisait dans les caisses de l’Etat pour s’acheter des folies, des diamants, des parures chaque jour. Cette femme si charmante qui voulait vivre intensément sa vie dans un tourbillon de bonheurs fastueux se réveillait parfois dans un gouffre d’ennuis et de tristesse lasse.
En 1774, la duchesse de Chartres lui présenta la modiste Rose Bertin, qui pendant une longue partie du règne de la souveraine, allait lui confectionner sur mesure, des habits dignes de l’étoile déesse la plus belle de l’espace. Cette machine à couture ambulante Rose Bertin, reine en chef des ciseaux, du fil et des aiguilles, pendant de nombreuses années, avait trouvé l’inspiration dans la beauté majestueuse de la reine pour lui réaliser des modèles fantaisistes ornés de fleurs, de pampilles, des robes en mousseline, croisées, blanches.
La reine après sept ans de mariage mit enfin au monde un enfant, une fille prénommée Marie-Thérèse. L’héritier tant attendu n’était pas encore arrivé mais cette première maternité mit fin à de longues années de rumeurs et d’angariades sur la prétendue stérilité de la reine rayonnante désormais près de ce petit être royal paisiblement endormi dans ses langes.

Ainsi, les yeux amoureux des deux amants imaginaires se retrouvèrent à Versailles dans des promenades capturant le temps et où leurs cœurs main dans la main traversaient les allées de bosquets. Pour elle, Fersen, enlevait son masque de glace, lui prodiguant toute son attention, sa dévotion passionnée.

Fersen : « Oh ma reine, il n’existe pas assez de mots pour vous dire combien, je vous aime ! Il m’est pénible de vous quitter et d’arracher mon cœur au votre si aimant même pour quelques heures. Mais votre devoir de reine vous appelle. Je ne suis que votre humble serviteur prêt à mettre mon cœur à vos pieds et cela jusqu’à ma mort. »

Marie-Antoinette : « Oh mon ami, je n’ai pas le courage de vous quitter et de retourner dans cette cour qui m’épie et que je hais ! Vous êtes mon ami, mon réconfort, mes joies, mes peines, le seul qui a su réchauffer mon cœur ! »
Ainsi ces scènes indéfiniment se reproduisirent jusqu’au moment où l’honneur compromis de la reine en proie aux quolibets de courtisans bavards et malveillants guettant un faux pas, décida le galant gentleman suédois qui souffrait de cet amour impossible, à s’engager dans la guerre d’indépendance américaine laissant deux cœurs meurtris derrière lui. La reine et …Oscar.

Elle réalisa peu à peu qu’elle l’aimait d’un amour impossible à oublier, elle l’aimait éperdument, malgré elle. Sa nature de femme longtemps engloutie dans une détermination paternelle immuable, combattait assidûment cette fierté masculine que son père avait cherché à développer pendant de longues années. Elle l’avait aimé peut-être au tout premier regard et lui s’engageant dans une guerre où elle le perdrait peut-être pour toujours, s’en allait loin de cette rose prête à éclore enfin pour lui. Ils avaient tant partagé ensemble. Il lui avait sauvé la vie une fois, celle-ci prise au piège de l’intrigante comtesse de Polignac. Cette dernière qui avait gagné les faveurs d’une candide souveraine et perdue dans la magnificence versaillaise, était prête à tout pour éliminer toute entrave à ses manigances censées l’enrichir en profitant des prodigalités naïves de son amie royale.

Fersen, ayant appris entre temps la véritable nature d’Oscar, la plaignait et lui vouait une certaine admiration. Il l’avait élue comme confidente, éternelle seconde de ses tourments d’amour impossible, inenvisageable au grand jour pour sa souveraine. Seuls les regards avaient le droit de se parler, de s’exprimer et leurs larmes se confondaient dans ces baisers célestes déposés dans le vent fuyant.

Le jour où il quitta la France portant son bel uniforme suédois blanc et bleu, l’allure solennelle sur son cheval blanc, Oscar fixait chez elle, l’horizon, sa détresse muette contenue difficilement dans un silence anéanti. Une larme coulant doucement sur ce visage séraphin, une larme isolée, orpheline, trahissait son désarroi d’amour face au départ de celui qu’elle aimait sans espoir. Oscar resta dévouée à sa souveraine dont elle n’osait blâmer les folles générosités à l’égard de ses amis courtisans. Entremetteuse des messages d’amour et confidente de ces deux tourtereaux, elle souffrit recluse à l’ombre, obéissant par devoir et par amitié, sacrifiant ainsi son cœur troublé dans la pénombre. Témoin des amours fugitifs de la reine et de Fersen, elle entendait les mots tendres et les bruits de baisers échangés dans l’obscurité de son cœur désarmé et de pupilles étoilées pluvieuses d’amour vain.

Fersen : « Ma reine, ne pleurez pas, si vous saviez à quel point, mon cœur saigne quand il entend le vôtre cogner à la porte de tourments insupportables, intolérables. »

Marie-Antoinette : « Mon ami, je ne suis heureuse que serrée dans vos bras chéris, à oublier qui je suis, à m’oublier complètement dans cette félicité que je voudrais éternelle ! »

Cachée derrière une statue du parc, Oscar aurait tout donné pour être à la place de sa souveraine. Elle aussi avait un cœur tourmenté. N’avait-elle pas le droit d’aimer, elle aussi ? Pourquoi, cette chaleur si agréable, dans laquelle on se laisse aller lui était refusée ?
Dans ces moments là, elle maudissait son père de l’avoir élevé comme un homme. Cette sensibilité longtemps exacerbée surgissait violente et si les statues en pierre derrière lesquelles elle avait pris refuge n’étaient pas prêtes un jour de se briser, la pierre de son cœur à elle sous l’érosion de son amour éclatait à la vue de ces deux êtres enlacés dans leurs larmes.

Loyale envers Marie-Antoinette qui avait entièrement confiance en elle, elle mit un bâillon à son cœur pour l’empêcher de trahir par des battements incessants à la mélodie élégiaque de notes éperdues, son supplice, son agonie d’infini. Insomniaque pour interdire à ses quelques nuits de repos de rêver de lui, à eux deux enlacés dans leurs tourments, elle trouva refuge dans la musique, en jouant sans cesse dans l’ivresse, les préludes virtuoses de Bach. Ces deux femmes amies se vouant un respect mutuel, ces deux roses blondes versaillaises unies l’une pour protéger de sa vie l’autre et l’autre admirative et enjouée de l’une, aimaient follement le même homme. L’une dissimulait cet amour dans des humeurs noires et des sourires laconiques et l’autre l’écrivait sur un visage ému. Et lui, il s’en allait loin laissant les années pleurer son absence.


A suivre...

Mariage en vue...

Posté le 17.02.2008 par ceres
Pour Bartok le beau prince de marine et Mon petit Keeyoo chéri !!!

Désespoir floral

Posté le 09.02.2008 par ceres
Sur la réalité anéantie, des pétales de néottie, des roses épineuses. Causes vénéneuses de folie, les pétales de mélancolie s’envolent vers une fatale destinée, une mort empoisonnée.
Dans mon univers imaginaire, des fleurs en verre dansent et pensent à l’infini, à une vie finie.
Des oaristys entre Séraphin et moi, existent dans l’insensé. Des myosotis d’un parfum d’hiver sur ma sépulture azurée, font concurrence aux pensées sidérées.
Sur la réalité mentie et anéantie, un collier de fleurs flétries et une auréole d’espoir meurtri, couronnent l’automne qui tonne.
Sur le calice de l’anémone monotone, le sacrifice d’une vie sans importance, sans jouissance intense. Le narcisse endormi dégage en sauvage, une jeunesse gâchée, une ivresse mâchée, une beauté ravagée et une fatalité engagée vers la voie de l’obscurité ténébreuse.
Narcisse des poètes, des printemps en fête, je fais couler le sang des fleurs cueillies pour orner les tombes solitaires dans la détresse.
Qui es-tu Séraphin bien aimé pour provoquer le décès de fleurs si naïves ?
Malgré l’hiver triste et autiste, des fleurs de neige survivent au froid des vents insensibles. Des fleurs bipennes s’envolent vers la peine en si bémol. Des fleurs de haine, convolent vers la fontaine des âmes folles.
Ames folles de chrysanthèmes qui clament une parole d’anathème.
Les saveurs du mépris, prix tant convoité de la réalité désespérée, assistent à une bataille entre l’hiver des ténèbres et les automnes funèbres…A mes funérailles.
L’agonie des tiges des fleurettes, me donne le vertige et fige une douleur muette. Le népenthès cruel d’Asie, me dévore de ses crocs carnivores et me jette un terrible sort : l’euthanasie douloureuse, une hypocrisie bienheureuse.
Sur le manège tourbillonnant, des nébuleuses solaires m’emportent vers la porte de l’oubli, de la folie.
Sur le manège détonnant, gravitent les tourments et les déments autour de la mort environnante qui invite les hivers insulaires et les printemps interstellaires à fusionner.
Sur les bourgeons des sortilèges, le manège des stratèges du vide, la neige en sang, les sanglots du suicide timide.
Dans le palais fleuri, des bruyères d’hier, des clématites envahissantes s’agrippent à ton image de doux visage, à ta beauté insignifiante toute puissante.
Les glaïeuls prétentieux plient devant l’insolence, la nonchalance envoûtante, séduisante, résidente des cieux féeriques et cyniques.
L’iris irrité devant le messie de l’inertie, le souci d’amour inutile et stérile, convoite la constellation intersidérale, l’aurore boréale, afin de mourir en beauté dans le sépulcre étoilé.
Les glaïeuls prétentieux, plient devant les douleurs intermittentes, l’attente d’amour illusoire, d’amour miroir.
Les narcisses contemplent en silence leur reflet dans l’eau, infligé par les soufflets des « va-t’en dans le temps des mécontents » ! L’ancolie de l’enfance appelle la mélancolie de l’offense, de la défense d’amour.
Les pivoines timides s’inclinent devant les visages pâles et de cristal, des tombeaux des beaux de l’éternité.
Les muguets de mai si gais avant, ne peuvent dire « mais » devant l’amour cristallisé, brisé, irréalisé.
L’Olivier iceberg, symbole de fécondité, soumet toutes les fleurs de soleil, de neige, à l’irréalité, à la réalité anéantie, à la réalité mentie.
Les lilas au son musical des « la », ont combattu les vertus médicales de l’amour platonique, romantique.
Les floraisons d’hiver dans leur manteau de cristaux, narguent la raison obstinée.
Perce-neige, lauriers vaincus, hortensias, magnolias, dahlias, colzas et mimosas, valsent dans le bois des abois et de l’émoi.
Et moi, j’incarne le bouquet final dans un pays de morosité, de velléité. Des fleurs épanouies, des fleurs évanouies…


Décembre 1999

Le cimetière des cobayes

Posté le 09.02.2008 par ceres
Le soleil gothique se recueille sur les sépultures
Décroît le sourire en larmes sur ces tombes
Ces cœurs anonymes ont laissé comme signature
Des croix pour rappeler une vie hécatombe

Les fleurs fécondes pleurent en pétales les absents
Elles sont éclairées par les rayons d’un été sombre
Les aimés un à un partis, laissant un vide indécent
Pour une enfance achevant sa croissance à l’ombre

Dans les rêves du lendemain des noms chéris reviennent
Hanter le jour pâle d’une tristesse fatalement blême
Oreilleroux, Pattenoire, que le temps se souvienne
Ils ont comblé en silence la souffrance chrysanthème

Dans ce jardin de croix fleuries reposent les souvenirs
En deuil solitaire à vouloir oublier ce qui blesse
L’abandon d’une enfant qui a perdu son sourire
Sa jeunesse oubliée dans l’offense de celui qui délaisse


***

(autre version)


Le soleil gothique se recueille sur les sépultures
Et le sourire décroît en larmes sur ces tombes.
Les cœurs anonymes ont laissé comme signature,
Des croix pour rappeler une vie hécatombe.

Les fleurs fécondes pleurent en pétales les absents.
Elles sont éclairées par les rayons d’un été sombre ;
Les aimés tous partis, laissant un vide indécent,
Pour une enfance achevant sa croissance à l’ombre.

Dans les rêves du lendemain, des noms chéris reviennent
Hanter le jour pâle d’une tristesse fatalement blême.
Oreilleroux, Pattenoire, que le temps se souvienne !
Ils ont comblé en silence la souffrance chrysanthème.

Dans ce jardin de mort fleurie, reposent les souvenirs,
En deuil solitaire à vouloir oublier ce qui blesse ;
L’abandon d’une enfant qui perdit son sourire
Et Sa jeunesse dans l’offense de celui qui délaisse.


2002

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