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ceres Description du blog :
Quelques photos, poèmes et dessins. Versailles, chats, Nature, vitraux...
Catégorie : Blog Loisirs Date de création :
20.08.2007 Dernière mise à jour :
18.08.2008
Drapée de peccadilles pour les garçons
Aux esprits de chair affamée
Je suis une humeur vanille de frissons
A dénoncer les vétilles en caleçons
De polissons un peu trop gourmets
Et si on enlève la c cédille
Les garçons ne seront plus que gars cons
Ou peut-être simplement petits glaçons
Dégoulinant de mots pacotilles
A la faveur de fleurs fermées
Dégobillent les verbes proches d’aimer
Où sans doute amitié enfle les chevilles
Et se confond avec amour sautille
Tout ce qui porte un lipstick parfumé
Et l’espoir déposant en rouille une rançon
Béquilles de vérités dans les buissons
A exalter ses mensonges faucille
La promesse d’une entente clairsemée
De chansons en majeur babillent
Le temps d’un adieu au faux Robinson
écrit en 2002-retravaillé en 2007
Toujours dans la série de ceux qui confondent hélas amour et amitié
Murmures de plumes blanches
D’un cygne aux larmes d’or
Dépourvu d’ailes d’anges
Pour fuir les paysages morts
Perles d’encore dans cet Eden anglais
Au bras d’un fantôme fringant
Où les baisers d’un végétal palais
S’évanouissent sous un soleil élégant
Ses rayons viennent du Nord
Et son beau prénom ruisselle
Sur le visage de celle d’aurore
Dans un jeu d’éventail sensuel
Soupirs de pétales écarlates
A la couleur du jour dernier
Sous la lame hurlante d’aristocrates
A se rappeler les sourires prisonniers
La rosée de yeux privés de leur ciel
Coule sous le couperet de la fureur
Rutilantes mémoires d’âmes vénielles
Roulent sur l’octobre de la Terreur
Vaillante femme couronnée d’acier
Au destin d’un siècle éclairé
Par les ombres de tricolores officiers
Répandant quelques jurons inspirés
Chuchotements de murs élégiaques
Au souvenir d’une rose reine
Où les battements d’amour cardiaque
Au rythme d’une Nature souveraine
S’évadaient vers l’insouciance gracieuse
A jouer les soubrettes en sandale
Adulée dans cette alliance précieuse
D’un feu hivernal et d’une neige estivale
Cupidon sommeille dans son hameau
Valsant avec une nuit autrichienne
Délivrant en nos cœurs les maux
D’un passé aux blessures anciennes
Mes landes abritent un soleil sauvage
Une ivresse de mai sur ses branches
Où les pétales d’un doux voyage
Volent vers ton siècle aux robes blanches
Et quand la Nature se réveille
Dans un bâillement de fleurs brillantes
Que les rayons sur des lèvres vermeilles
Reflètent en danses chatoyantes
Je t’imagine fantôme de mes soupirs
Le regard perdu dans ces paysages
A écrire les larmes des amants vampires
De notes sanguines comme l’orage
Dans tes ombres secrètes dear Emily
Je pense à toi en mon Heathcliff intérieur
Assoupie dans mes violentes mélancolies
A réciter les prières de mes folles humeurs
Je pense à tes landes en mon presbytère
A nos maux de vie loin de nos pieux rochers
Ces valses de lune sur mon cœur en terre
D’avoir trop aimé ou si peu écorchée
Je pense à notre différence d’âge
Nos rêves centenaires d’un silence en vers
J’habille ta sépulture d’un tendre feuillage
De mots et leurs adieux aigre-amers
Une esquisse d’anges aux romances bipennes
Balbutiant leurs ailes en maintes révérences
Fait danser follement les cieux en fontaines
Ruisselant complices sur une tendre naissance
Un goût de cœur dessine sur deux visages
Une larme estivale voyageant avec le vent
Pour suivre l’infini d’un amour sur un nuage
Quelques notes volant dans un songe vivant
Une odeur de soleil réanime l’évasion
Vers un paysage lumineux chevauchant l’irréel
Un océan de bémols et de dièses en fusion
Quelques fleurs tombant sur les âmes frêles
***
L'étreinte des nouveaux-nés
Une caresse de lune sur les corps abandonnés
A l’ivresse chaste des herbes endormies
Un lit de cheveux où s’embrassent les nouveaux-nés
Où se confondent des mains, défuntes amies
Une étreinte de nuit sur les sourires fiancés
Des anges contemplant le soleil de minuit
En descente d’insulaires baisers en tracé
Autour du cœur d’un été épanoui
Un baiser d’étoiles sur les peaux effeuillées
De frissons aux lueurs florales parfumées
Une valse de La Nature endeuillée
D’un souffle virginal de l’instant sublimé
"Dans une barque plongée dans le canal, je m’embarque pour un grand voyage, invitant le château dans mes regards miroirs aux mille reflets avec le menuet boréal d’amour dans ma tête, ce couple qui danse dans les étoiles. Je fais escale dans les jardins de Trianon où mes pensées sidérées de braise s’immobilisent devant les façades de marbre, devant l’arbre d’une reine adorée, le chêne de Marie Antoinette, reine aux splendides toilettes, de plume et d’amertume dans un siècle tourmenté ou naît une révolution aspirant à l’Égalité, la Liberté et la Fraternité.
J’emprunte l’empreinte de l’éblouissement sans fin, une calèche et un manteau de fleurs imaginaires pour revenir dans le parc du château mais à ce moment précis Cupidon décoche de son arc une flèche amoureuse qui creuse une entaille si profonde en l’espace de quelques secondes, une faille immortelle, un don de l’amour poison, d’une saison de vie témoin et complice de mon futur supplice sous les plus beaux auspices. Une douleur qui condamne en profane à la perpétuité de la rêverie dans ce décor d’or et d’encore et de ferblanterie des murs de Trianon…Et si son prénom impossible à dire m’échappe en murmure, il ressemble à l’or de ses cheveux solaires, ses yeux d’azur et d’ailleurs, l’allure si fière. Le cœur polaire à cet instant dans le temps fond. Sa présence ranime mon aisance et son absence ravive des peines lointaines dans l’abîme du silence, une fontaine de pluie. Menant fièrement des chevaux royaux, son cortège brillant, son regard joyau m’emmène, me promène dans les allées du cœur dont la neige devient eau, source dans cette course folle. Ce souvenir dans l’avenir sera le caveau dévot d’amour passionnel, sensationnel, sempiternel…
Dans le ciel valse l’éternité sur la portée musicale d’un menuet, ces amants du firmament, mécènes des amours impossibles, inaccessibles.
Un vent d’amour et d’illusion me ramène sur le chemin des demains qui appellent en vain un paysage divin. Un vent s’appelant Versailles où l’instant tressaille de joie, d’émois où les souvenirs m’assaillent…Versailles célébrant les fiançailles de l’eau et du feu."
Juillet 2005
Extraits de l'épine du Lys
"Trianon dans l’attente d’une aurore encore assoupie, laissait entrevoir dans la pénombre, toute la beauté d’un lieu créé par amour, où Cupidon dans son belvédère marbré et dans une éternité extatique, offre aux mortels des cœurs fléchés. Si dehors dans un chant émouvant, l’automne recouvert de feuilles bipennes dansant au vent clamait sa détresse, deux hommes submergés par deux émotions à la fois si différentes et si semblables, se regardaient surpris et anéantis. Un rayon de lune éclairait le visage émacié du comte de Fersen prématurément vieilli par quelques années de guerre. Mais le charme gracieux qui avait fait battre des cœurs, et surtout celui de sa souveraine, se reflétait encore indéfiniment dans son regard de braise. « Non, pas lui !!! » André, son ami avec lequel il avait chevauché le vent ardent quelle que soit la saison, de longues heures durant et liés tous deux par une complicité d’épées, une lame qui à présent voulait lui transpercer le cœur. « Mais pourquoi ? »
« Puissiez-vous me pardonner un jour Fersen, je n’avais pas le choix. Je n’ai pas eu la force d’accomplir ma mission, j’y renonce » dit la voix d’André, presque défaillante même si soulagée.
Celui-ci tout en parlant, ramassa le pendentif gisant sur le sol, laissant d’un geste désespéré retomber le poignard aussi hésitant dans sa lourde chute que dans sa hargne à tuer le suédois. Après un examen minutieux du pendentif, André ébahi le rendit à Fersen en lui demandant fiévreusement d’où il provenait. Le comte pas encore remis de ses pénibles émotions et de sa peur, lui répondit nerveusement.
« Sa Majesté la reine me l’a offert très récemment pour me remercier de mes services envers notre roi. Louis XVI a fait une belle acquisition de bijoux en août dernier pour les offrir à la reine.»
« Mais alors ! » s’exprimèrent deux yeux écarquillés éclairés par une chandelle mourante cette nuit du 3 novembre 1787.
Si Cupidon de son arc offre des philtres d’amour aux convives émerveillés par la douce mélancolie fugitive de ces lieux, il explore aussi parfois subrepticement les souterrains de l’âme gardée par la nébulosité mystérieuse. Trianon n’est pas seulement un lieu intime où les amants s’échangent leurs cœurs dans les jardins éternels, c’est aussi une maison de pandore renfermant à clé des secrets dont certains s’échappent parfois…"
***
"Versailles en un vaste songe coruscant dans cette aube vermeille, était éclairé par un soupir scintillant ; l’astre royal occupant en maître ces lieux chatoyants. Dans un bâillement entrelacé de lune et de soleil, Versailles irradiait de mille feux grâce aux noces écliptiques des bosquets solaires avec les fontaines sélénites. Distrait, il admira par l’une des fenêtres miroir du Palais des glaces, l’imposante allée verte du parc, menant des hôtes éternellement séduits vers un reflet pâle en bouquets de nuages ovales s’embrassant sous l’eau du canal. Il laissa son regard se perdre sur des petits anges figés par le temps déployant leurs ailes délicates et leur zèle pour toucher les âmes endormies."
2006
Extrait de la symphonie hivernale
A une passante…
«Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi je buvais, crispé comme un extravagant
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue»
Les bals dans ce Versailles dépeuplé de nobles sous le règne de Louis le XVIème, étaient l’un des seuls divertissements attirant en aimant, une pléthore de courtisans assouvis de tous les plaisirs à la mode, désireux de briller à la cour, réconciliés avec le château et son étiquette, le temps d’une valse d’infinie. La plupart des bals se déroulaient dans une salle expressément aménagée à gauche de la cour royale et donnant sur une galerie pour accueillir de nombreux aristocrates non encore présentés à la famille royale.
Ces courtisans noctambules, assoiffés de prestiges honorifiques et de louanges, rivalisaient en apparats somptueux pour complaire à leurs majestés, revêtant pour les hommes de beaux habits à la couleur de nuit pour que le reflet des étoiles vienne scintiller et rehausser l’éclat fade de ces visages pâles et pour les femmes, des robes copiant la mode du moment, instaurée par la reine du rococo, Marie-Antoinette. Une fois les girandoles endormies, les carrosses disparaissaient à l’aube dans l’oubli de ces fastes étincelants.
Le jeudi 27 décembre 1787, un bal se déroula à Versailles spécialement dans la galerie des glaces au prestige séculaire et conçue par Jules Hardouin-Mansart entre 1678 et 1684, la salle des bals faisant l’objet de travaux.
Reliant les appartements du roi à ceux de la reine, cette royale galerie de lumière, aux mille éclats dorés et argentés, éclairée sur les jardins grâce à 17 fenêtres cintrées se regardant en face d’elles dans 357 miroirs biseautés de 17 arcades feintes, remplissait la tâche très humble d’accueillir les grandes fêtes royales comme les mariages princiers ou les audiences extraordinaires. Les décors peints, réalisés par Charles Le Brun évoquent, par des allégories et des trompes l’œil, tous les plus grands traits glorieux du règne du roi soleil, les épisodes guerriers victorieux et surtout la suprématie totale d’un souverain se suffisant à lui-même.
Une vingtaine de lustres à monture de bronze argenté et orné de cristaux de Bohème, donnait en ces temps de bal, l’impression d’être dans un univers où régnaient des constellations éclairées, des étoiles vivantes et des planètes ensoleillées, parées de feux jaillissant de partout et de nulle part. Dans cette galerie lumineuse, ce soir hivernal de décembre, dansaient des petites noctuelles scintillantes sous le regard attentif d’astres brillants attendant une venue exceptionnelle sous les strass veloutés, apocalyptique tout en contemplant leur reflet céleste dans les miroirs dorés.
Axel de Fersen n’avait pas encore osé se présenter à Trianon même s’il souhaitait ardemment l’apercevoir ou du moins l’entrevoir, pour ne pas dire la voir complètement, juste reprendre en son cœur cette douce et tendre image délaissée à regret neuf ans auparavant, l’image de sa reine bien-aimée, idolâtrée. Il décida pour faire son entrée à Versailles, d’assister à ce bal de fin d’année jour de naissance du quatrième enfant de Mozart, célébrant l’hiver sous un manteau de neige.
Marie-Antoinette, en grand deuil, vêtue de satin noir et violet sombre depuis la décision des cieux de rappeler à eux sa dernière-née, la princesse Marie-Sophie Hélène, ignorait le retour de l’être cher, tant espéré dans ses rêves.
Elle n’assisterait pas à ce bal, n’accueillerait pas tous ces visiteurs Sardanapale, venus spécialement pour la rencontrer, gagner ses faveurs, l’admirer et s’amuser dans l’ivresse. Non elle ne serait pas la reine de la soirée…Le roi lui, peu enclin aux nuits festives, préférant de loin son atelier de serrurerie et ses grandes parties de chasse, du moins, faisait acte de présence, le visage impassible et endormi, pensant déjà au gibier qu’il ramènerait le lendemain, concentré sur ses futures prouesses cynégétiques. Axel de Fersen attendait, sans remarquer qu’il faisait l’objet sous les éventails bavards, de quolibets médisants, de sarcasmes sardoniques dans les alcôves les plus sombres. Il ne se sentait pas très à l’aise, parmi ces charognards insatiables de plaisirs et de bien-être qui n’avaient jamais vécu les souffrances morales et physiques endurées au retour d’une guerre. Une guerre sanglante offrant le terrible spectacle de corps sans vie abandonnés là sur la terre dure et froide. Fersen si sûr de lui au temps de son insouciante jeunesse, se retrouvait dans ce lieu de bals, d’enchantement où tout lui semblait étranger et dépourvu d’intérêt. Ces années de guerre et de souffrances intolérables l’avaient mûri, trop tôt peut-être, le visage doctoral et sombre.
Un courtisan sur un ton visiblement amusé : « L’amant de la reine est revenu, voyez donc très cher, il la cherche, il la guette ! Il a l’air inquiet ! Sait-il qu’elle ne viendra pas ce soir ? »
Un autre courtisan sur le même ton : « Non, je ne pense pas, sinon il ne serait pas venu. Que vient-il faire en France si ce n’est que pour la revoir ? »
Le premier courtisan : « J’ai appris qu’il était revenu voici deux mois à Paris, sans doute en laissant passer un peu temps, a-t-il voulu faire oublier le motif de son retour ? »
Tandis que les violons des musiques de Gluck et de Mozart jouaient inlassablement menuets muets, et sarabandes en demandes, Fersen emporté dans les souvenirs défilant de ces portées de notes dansantes, songeait perdu dans une laconique mélancolie.
Quand soudain, une apparition timide et remarquable franchit le seuil de ce bal décembriste. A sa majestueuse entrée, les sons des violons et des violes du menuet en mi majeur de Luigi Boccherini s’arrêtèrent de jouer, les invités de danser. Non ce n’était pas une illusion, ni un rêve ! Comment nommer cette sublime créature céleste venant on ne sait d’où et pénétrant l’allée de lumière d’un pas leste et gracieux ! La galerie des glaces elle-même ne comportait pas assez de parures et de miroirs pour refléter cette antique beauté à la chevelure des rayons du soleil. Toutes les robes des courtisanes parurent bien ternes, leurs visages insipides à côté de cet écrin de satin blanc et bleu-ciel brillant. Les lèvres peintes en rose vermeil, le teint blanc nacré illuminé d’une douceur angélique, s’harmonisaient au romantisme de yeux aux longs cils de jais inclinés vers le sol. Son cou fin et délicat, ses mains patriciennes, et ses oreilles si menues, dépourvus de bijoux, n’avaient pas besoin de ce superflu flamboyant pour attester une beauté sapide incomparable. Les étoiles en paillettes et en pépites de pierre de lune, d’opales nobles et de saphir, étaient tombées, parsemées harmonieusement sur sa longue robe. Digne d’être l’égal en éclat des déesses pour ne pas dire surpasser la divinité immortellement belle, cette chaste et svelte sylphide, avança modestement entourée des regards admiratifs des hommes et des femmes éblouis.
« Mais qui est-Elle ? Qui est cette beauté ? » Entendit-on plusieurs fois dans des murmures dissimulés derrière les éventails en ivoire, en rejetées de fleurs prêtes à tomber à ses pieds.
Tout d’un coup, Elle leva ses yeux aigue-marine vers Fersen qui lui n’avait pas détaché les siens un seul instant de cette beauté si irréelle et si réelle pourtant et à la vue de toute la cour fascinée, magnétisée, offrit un regard contenant toute la magnifique rosée du matin. Fersen la trouva si belle, qu’il en perdit l’usage de la parole, le cœur serré. Mais de quel paradis vient cette beauté, cette étoile ? Pensait-il à cet instant. Il avait pourtant déjà vécu cet ébahissement inattendu qui prend en otage le cœur sans consentement et s’empare de l’âme sans prévenir. Et voilà que ce soir-là, son cœur et son âme à nouveau, peut-être plus fort que la première fois ; mais cela il l’ignorait, devenaient prisonnier de cet éblouissement d’amour, attirés comme un aimant vers cette apparition captivante et si séduisante.
Il s’approcha d’Elle balbutiant, oubliant lui-même pourquoi il était ici et l’invita en premier à danser sous l’œil jaloux des autres nobles.
Elle aussi était nerveuse, en proie à de violentes palpitations à la vue de son prince charmant qui avait égaré ses yeux sur elle, la contemplant comme si elle était la première loin devant les autres, des merveilles du monde, de l’univers. Elle tenta tant bien que mal de dissimuler les tremblements de ses mains, s’inquiétant de la couleur probablement pourpre de son teint ainsi que de la musique incessante de son cœur tambour.
Comme par magie, la musique voulant faire honneur à ce couple divin, mit toute son âme pour interpréter son plus beau menuet. Et ils dansèrent ainsi dans la nuit, leurs regards enlacés, hypnotisés l’un par l’autre, émerveillés, se laissant aller dans cette valse ensorcelante des astres. Les courtisans après cette entrée à couper le souffle de la belle aux cheveux d’or, n’eurent plus le cœur à danser mais à regarder, admirer transis, cette grâce dansante, ce mariage nocturne du soleil et de la lune, cette éclipse enchanteresse qu’ils ne verraient qu’une fois dans leur vie. Même leurs habits s’épousaient à merveille, lui revêtant un costume à la couleur sombre de la nuit, un bleu saphir assorti aux yeux de sa cavalière et elle revêtue d’une splendide robe opaline. Dans tous les miroirs de la galerie, les plus belles étoiles de la soirée, dansaient, valsaient, tournoyaient, se multipliant ainsi à l’infini pour le plus grand bonheur des courtisans devenus des simples témoins de cette danse interstellaire, de cette Psyché enlacée dans les bras de l’amour.
Et eux deux que pensèrent-ils à ce moment ?
Ils ne pensèrent que l’un à l’autre, elle, perdue chavirée dans son regard, heureuse, le sourire de ses lèvres vermeilles rayonnant et lui amnésique, ne sachant même plus qu’il était, juste captivé par sa partenaire.
Sans se soucier de cette saison hostile et si froide, protégés par un manteau de fièvre et de chaleur amoureuse, ils dansèrent en mesure sous l’emprise mutuelle de leurs charmes, oui ils continuèrent longtemps, dans l’azur de leurs yeux, dans les jardins où même les statues de marbre semblaient ne regarder qu’eux, dans les bosquets où l’eau malgré le gel comme par enchantement avait jailli pour leur rendre hommage, réveillant cascades et naïades. Sous le Bosquet de la colonnade rappelant Jupiter enlevant Proserpine, lui Fersen, l’enleva le temps d’une danse, d’une chaconne d’Alcione de Marin Marais, d’un menuet de Mozart qui paraissaient durer pour toujours, le temps d’une valse éternelle. Sans se parler, leurs regards communiquaient, un nouvel amour qui ne pouvait que naître au cœur de l’inflorescence romantique, irradiait sur leurs visages enchantés l’un de l’autre, formant à eux deux une fresque picturale grandiose de par l’éclat de leur beauté, parmi ce paysage mythologique. Leurs larmes gouttelettes émues, en pluie, coulaient puis défaillaient dans les fontaines du parc constellé.
Pour célébrer un peu en avance le nouvel an, un feu d’artifice avait été programmé, et sous des multiples couleurs de feux venant des cieux, de leurs yeux, ils dansèrent en grâce, en harmonie, suivis par une cour ébahie et transparente. Ils étaient seuls, immortels et si heureux dans ce parc où les dieux se reposaient, revivaient indéfiniment leur histoire et n’étaient plus pour une fois, maîtres de ces lieux.
«Un éclair… puis la nuit ! Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? »
Mais souvent, l’éternité a une fin, l’éternité n’est qu’illusions et aux douze coups de minuit, l’apparition blonde, merveilleuse et éblouissante s’évanouit dans la nuit noire. Un cygne magnifique aux ailes déployées prit son envol laissant un soupirant conquis, expirant sous cette beauté bipenne. Leurs cœurs avaient valsé cette nuit-là, entrelacés, n’en formant plus qu’un, géant imprimé dans la voûte céleste parmi les astres, parmi les Dieux.
Oscar disparut dans les ombres gigantesques de l’impressionnante et royale bâtisse versaillaise, dans la pénombre des yeux de braise d’Axel de Fersen.
«Ailleurs, bien loin d’ici ! Trop tard, jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais
O toi que j’eusse aimée, Ô toi qui le savais !»
Extraits du poème la passante de Baudelaire
2005-2006
L'intégralité de la symphonie hivernale sera publiée prochainement. Pour ceux qui aiment le dessin animé et le manga "Lady Oscar"
Je mélange un verbe avec une ivresse circonflexe
Pour offrir à l’aimé une ode d’amour conjugué
Un baiser sur les draps repassés de textes
Où les voyelles se donnent aux consonnes subjuguées
Je mesure trois compléments d’objets indirects
Dans l’amphore assoiffée d’alphabet gothique
Avec une étreinte sur le sexe du cœur insecte
A dévorer le miel de fleurs orthographiques
Je récite des adjectifs concertistes au sommeil
Une formule de quelques lettres de nuit brune
Une douceur de la peau esquissant des O soleils
En extase sur le sentier de savantes lunes
Je rajoute une pincée de majuscules au sang ardent
Un soupçon de frissons en mots nocturnes
Quelques spasmes exclamés dans les S abondants
De caresses pour l’empreinte des réveils diurnes
Je t’ai écrit demain, jeux de mains
De baisers dansants sous le vent
Dialogues d’absence je demeure
Silence d’après maintenant d’avant
Je suis assise dans mon cœur
A attendre l’éternel retour des heures
Désordre du temps dans l’attente s’écœure
Une vie à aimer d’heure en heure
Je t’ai aimé d’amour à en être morte
De jour de nuit d’ici ou d’ailleurs
Dans mon enfance je suis devenue forte
De ne pas connaître de peine meilleure
Je suis pensive devant l’immense
J’aime comme un enfant de cent ans
Des sourires cachés pour seule défense
De dire autant au vide qu’au temps j’attends.
Tu seras là quand le temps sera mort
Sous le poids des baisers de l’aurore
Rêvés et endormis sous nos corps
Tu seras là pour que je m’oublie encore
Tu seras là pour que les valses se souviennent
D’une légende vécue ici ou à Vienne
Où nos cœurs par la main se tiennent
Tu seras là par ton empreinte olympienne
Tu seras là quand je serai vivante
Tu dessineras l’image qui me hante
Ton doux visage dans le vent se vante
De m’avoir vue devant lui tremblante
Tu seras là quand la nuit sera virtuose
De romantisme d’étreintes closes
Pas de pluie d’étoiles ou de roses
Juste un sourire avant toute chose
Tu seras là pour que je me souvienne
Dans nos murmures fous
Qu’il n’existe pas de nous
Qu’il n’existe pas de Vienne
Deviennent grandes nos distances
Et nos musiciennes absences
Tu ne seras jamais là
Et je ne serai jamais tienne
Ecrit en 2000/2001 pour Olivier et retravaillé en 2007